Au cours de l’année 2025, notre perception de la guerre de la Russie contre l’Ukraine a été rythmée par les à-coups et ultimatums de l’administration du président américain, Donald Trump : accord sur les terres rares, sommet en Alaska, plan en 28 points favorable à la Russie et ses versions amendées, exigence de tenue immédiate d’une élection présidentielle en Ukraine, et désormais les tractations autour des territoires du Donbass… Une succession d’épisodes, dont chacun est présenté le moment venu comme un tournant, avant de devenir obsolète l’instant d’après.
Cette focalisation sur le fugace contraste avec l’implacable continuité des attaques, des bombardements, des destructions et des vies emportées quotidiennement. Le temps véritable de la guerre, insoutenable dans son terrible étirement, nous sommes las d’y prêter attention, car nous ne le supportons plus. Il est désormais un décompte qui fait l’objet de brèves, dont chacune ressemble aux précédentes, et si quelque chose fait événement, ce n’est plus la guerre elle-même, mais le théâtre politique où l’on débat de l’Ukraine et où l’Ukraine se débat. Nous avons perdu la perception du temps de la guerre, nous sommes en train de perdre le sens de la guerre.
Ce que me disent les Ukrainiens lors de mes enquêtes de terrain est très différent. Ces hommes et ces femmes engagés dans la défense de leur pays, sur le front ou à l’arrière, balaient généralement mes questions sur les tractations diplomatiques d’un air exaspéré. Certains répondent. « Pour être honnêtes, nous ne prêtons pas vraiment attention à ces histoires, me disait ainsi un combattant cet hiver. Cela nous distrait de notre travail, et nous comprenons parfaitement que, même si ces négociations ont lieu et qu’elles aboutissent à quelque chose, elles ne feront pas pour autant disparaître la menace qui pèse sur notre pays, notre Etat. Nous devrons simplement nous préparer à ce que la Russie, comme elle l’a toujours fait, rompe à un moment ou à un autre toutes les promesses qu’elle a faites. »
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