La sexualité dans les organisations ? Une question aussi centrale que négligée, de l’avis de plusieurs universitaires qui ont contribué à l’ouvrage L’Entreprise après #MeToo, paru aux Editions EMS fin 2025. Essentielle car elle concerne un grand nombre de travailleurs. Ainsi, 48 % des Français ont déjà eu une relation amoureuse au travail et 17 % une « histoire purement sexuelle », selon une enquête publiée en 2024 par le cabinet Technologia. Essentielle aussi car ses ressorts sont multiples, soulèvent de nombreuses problématiques (harcèlement sexuel, sexisme, « évolution de la visibilité des personnes LGBTQ+ »…) et posent la question de la définition d’une stratégie d’entreprise.
Mais, dans le même temps, pointent les auteurs, le sujet est relativement peu étudié – quand il n’est pas, en certains cas, méprisé – par les organisations comme par la communauté scientifique. L’essai pointe ainsi « le faible intérêt manifesté par les chercheurs en management », « un point aveugle de la recherche en science de gestion » – seule la thématique du harcèlement sexuel pouvant faire exception.
Partant de ce constat, plusieurs scientifiques ont décidé de mener des recherches autour de cette question, s’intéressant en particulier aux conséquences du mouvement #MeToo – incitant à la prise de parole des femmes face aux violences sexistes et sexuelles – dans les organisations. Un colloque a été organisé en juin 2025. Ses travaux trouvent aujourd’hui un prolongement dans cet ouvrage collectif.
Il se propose, notamment, de faire le point sur l’implication des organisations. « La sexualité au travail est-elle une question éthique pertinente pour les grandes entreprises françaises dans l’ère post-#MeToo ? », s’interroge ainsi Christine Noël-Lemaitre, maîtresse de conférences en philosophie à Aix-Marseille Université.
Le droit au respect de la vie privée
La chercheuse y répond par la négative, pointant « le silence des documents formalisant l’éthique au sein des entreprises du CAC40 en ce qui concerne la sexualité des salariés » – à l’exception des enjeux de harcèlement sexuel. Un constat qui s’explique, à ses yeux, par le fait que la question, délicate, percute le droit au respect de la vie privée dans l’entreprise.
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