Il est un peu plus de 20 heures, dimanche 15 mars, lorsque, dans la salle des mariages de l’hôtel de ville bondé de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le brouhaha ambiant fait place à un silence anxieux pour l’annonce des résultats du premier tour des élections municipales. Lorsque le score de la liste « Ensemble, retrouvons l’espoir », portée par Bally Bagayoko (La France insoumise) et Sofia Boutrih (Parti communiste français), est annoncé, une longue clameur s’élève. Ce soir-là dans la salle, les soutiens de l’équipe menée par Bally Bagayoko et Sofia Boutrih sont nombreux et à l’image de la ville : des jeunes, des moins jeunes, des Blancs, des non-Blancs, des hommes et des femmes, rassemblés par leurs idéaux politiques. Le Bondy Blog rapporte les propos d’une habitante de la ville, qui se réjouit de voir « pour la première fois le vrai peuple de Saint-Denis dans la mairie ».
Alors que, derrière lui, la foule rassemblée est toujours en liesse, Bally Bagayoko est interviewé, ce même dimanche, par LCI. Le journaliste, faisant référence au fait que Saint-Denis abrite la basilique dans laquelle se trouve la nécropole royale, fait remarquer à Bally Bagayoko que « Saint-Denis est la ville des rois ». Et le nouveau maire de préciser : « La ville des rois morts et du peuple vivant », empruntant la formule du poète Jean Marcenac [1913-1984], communiste et résistant qui a justement enseigné la philosophie au lycée Paul-Eluard de Saint-Denis.
Il n’en a pas fallu plus pour que la fachosphère s’emballe. Au mépris des faits et de l’évidence, l’information se répand selon laquelle le nouveau maire aurait rétorqué au journaliste que Saint-Denis était la « ville des Noirs ». D’Emmanuel de Villiers et Gilbert Collard aux plateaux de CNews et RMC, la fausse information se retrouve au cœur de débats, sur X évidemment, mais aussi jusque sur France 5. Pour s’expliquer, celles et ceux qui ont présenté des excuses ont évoqué le « brouhaha » ambiant. Ayant moi-même regardé en direct la séquence dimanche soir, j’ai du mal à croire que l’on ait pu entendre autre chose que les mots poétiques de Bally Bagayoko. Karim Rissouli, le présentateur de « C ce soir », qui n’avait pas corrigé son invité Alexandre Devecchio lorsque celui-ci a relayé la fake news d’extrême droite sur son plateau, a été le seul, à ma connaissance, à reconnaître dans sa vidéo d’excuses que cette séquence médiatique était sans doute marquée par « une forme d’impensé raciste ». Le mot est faible.
Il vous reste 58.49% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.










