Le Pentagone a officialisé une nouvelle stratégie de défense nationale qui modifie ses priorités et confirme la volonté de Washington de mettre à distance ses partenaires historiques. Dans un document de 34 pages, publié vendredi 23 janvier au soir, l’armée américaine exhorte les alliés des Etats-Unis à prendre en main leur propre sécurité et réaffirme l’importance accordée par l’administration Trump à la propre sécurité intérieure du pays et à la dissuasion vis-à-vis de la Chine.
« Pendant trop longtemps, le gouvernement américain a négligé – voire refusé – de donner la priorité aux Américains et à leurs intérêts concrets », affirme dès la première phrase le document, critiquant les partenaires européens et asiatiques pour leur dépendance envers les précédentes administrations américaines en matière de financement de leur défense.
« Tandis que les forces américaines se concentrent sur la défense de leur territoire et de la région indo-pacifique, nos alliés et partenaires assumeront la responsabilité de leur propre défense, avec un soutien essentiel mais plus limité de la part des forces américaines », prévient cette stratégie de défense nationale 2026.
« Relations respectueuses » avec Pékin
La précédente stratégie de défense nationale, publiée sous la présidence du démocrate Joe Biden, décrivait la Chine comme le défi le plus important pour Washington, et affirmait que la Russie représentait une « menace grave ». Mais le nouveau document préconise, lui, des « relations respectueuses » avec Pékin, sans faire aucune mention de Taïwan, allié des Etats-Unis, que la Chine revendique comme son territoire. Il décrit aussi la menace russe comme « persistante mais gérable » et soutient que les alliés de l’OTAN, beaucoup plus puissants, sont donc « bien placés pour assumer la responsabilité principale de la défense conventionnelle de l’Europe ».
De même, « la Corée du Sud est capable d’assumer la responsabilité principale de dissuader la Corée du Nord avec un soutien américain essentiel mais plus limité », avance le Pentagone dans un nouvel exemple d’une sécurité régionale déléguée pour une plus grande part aux alliés.
Les stratégies de défense de Joe Biden et de Donald Trump soulignent toutes deux l’importance de la défense de la sécurité intérieure, mais leurs descriptions des menaces existantes diffèrent considérablement. Le Pentagone « donnera la priorité aux efforts visant à fermer nos frontières, à repousser toute forme d’invasion et à expulser les étrangers en situation irrégulière », peut-on lire dans le document de 2026. Joe Biden s’était, lui, concentré sur la Chine et la Russie, affirmant qu’elles représentaient « des défis plus dangereux pour la sécurité et la sûreté intérieure » que toute menace terroriste.
Ce recentrage stratégique survient deux jours après le discours de Donald Trump au Forum économique mondial de Davos (Suisse), durant lequel le président américain a rappelé la puissance de son pays, a fortement critiqué l’Europe et a réaffirmé notamment sa volonté d’annexer le Groenland. Les attaques répétées depuis plusieurs mois du républicain envers ses alliés de l’OTAN ont provoqué de nombreuses réactions des alliés historiques de Washington, la plus remarquée étant celle du premier ministre canadien, Mark Carney, qui a évoqué une « rupture » de l’ordre mondial.
Suite à ces déclarations, la nouvelle stratégie américaine préconise à la fois la coopération avec le Canada et les autres pays voisins, tout en lançant un avertissement sans équivoque.
« Nous dialoguerons de bonne foi avec nos voisins, du Canada à nos partenaires d’Amérique centrale et du Sud, mais nous veillerons à ce qu’ils respectent et contribuent à la défense de nos intérêts communs », dit le document. « Et s’ils ne le font pas, nous serons prêts à prendre des mesures ciblées et décisives qui fassent concrètement progresser les intérêts des Etats-Unis », est-il précisé.
« Domination militaire »
A l’instar de la stratégie de sécurité nationale publiée par la Maison Blanche début décembre 2025, le nouveau document place l’Amérique latine en haut des priorités américaines. Le Pentagone « rétablira la domination militaire des Etats-Unis au sein du continent américain. Nous l’utiliserons pour protéger notre patrie et notre accès aux zones clés de la région », peut-on lire dans le document. Il s’agit du « corollaire Trump à la doctrine Monroe », stipule la feuille de route.
Le président américain avait justifié l’opération de capture de son homologue vénézuélien, Nicolas Maduro, par la nécessité de restaurer la suprématie incontestée des Etats-Unis sur l’ensemble des Amériques, un signal qui pourrait inspirer la Chine et la Russie. Il avait présenté cette opération nocturne à Caracas, la capitale du Venezuela, comme une remise au goût du jour de la doctrine Monroe, il y a plus d’un siècle, considérant que l’Amérique latine est la chasse gardée des Etats-Unis.
Écouter aussi Doctrine « Donroe » : l’avenir du monde selon Donald Trump
Les Etats-Unis mènent depuis septembre dernier une trentaine de frappes contre des embarcations de trafiquants présumés, ayant fait plus de 110 morts dans les Caraïbes et le Pacifique. L’administration Trump n’a jamais fourni la moindre preuve que les navires visés étaient effectivement impliqués dans un quelconque trafic.
Par ailleurs, cette stratégie de défense nationale 2026 ne fait aucune mention des dangers liés au changement climatique, que l’administration Biden avait identifiés comme une « menace émergente ».









