Le 2 décembre 2025, la Maison Blanche diffusait un communiqué célébrant le 202e anniversaire de la doctrine Monroe et annonçant l’intention présidentielle de la « revigorer » en lui adjoignant un « corollaire Trump ». La stratégie de sécurité nationale rendue publique dans la foulée présentait ce dernier comme « la restauration sensée et forte de la puissance et des priorités » états-uniennes. Un mois plus tard, dans la nuit du 2 au 3 janvier, en s’emparant par la force du Venezuela, Donald Trump passe de la théorie à la pratique, témoignant de son attachement à cette doctrine, mais également de sa volonté d’en repenser la portée.
La doctrine Monroe doit son nom au cinquième président des Etats-Unis qui, le 2 décembre 1823, proclama l’opposition de son pays à toute intervention sur le continent américain d’une puissance n’en provenant pas. Alors que les Etats-Unis s’apprêtaient à célébrer leur premier demi-siècle d’existence et que l’empire espagnol venait de perdre l’essentiel de ses possessions américaines, il s’agissait d’éviter un retour en arrière en dissuadant les Européens de tenter une reconquête des Amériques.
Présentée sous les traits d’un généreux engagement états-unien à garantir la liberté de l’ensemble des peuples américains, la doctrine Monroe était aussi et surtout un moyen pour les Etats-Unis de consolider leur prééminence continentale en écartant les Européens d’une scène américaine où aucun autre Etat n’était en mesure de rivaliser avec eux. Mais dans un monde encore solidement dominé par l’Europe, elle reste largement incantatoire. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, elle n’empêche ni le maintien de colonies ni la poursuite des interventions armées européennes en terres américaines, pour la simple raison que les Etats-Unis n’ont nullement les moyens de s’y opposer autrement que verbalement.
Tour de passe-passe rhétorique
Il faut attendre la guerre victorieuse contre l’Espagne de 1898 pour que le rapport de force entre les deux rives de l’Atlantique s’équilibre et que les menaces états-uniennes deviennent crédibles. Mais ce sont alors les Etats latino-américains qui en font les frais avec l’adjonction en 1904 par le président républicain Theodore Roosevelt d’un « corollaire » à la doctrine Monroe. Autorisant les Etats-Unis à interférer dans les affaires des autres Etats du continent, il est présenté par Roosevelt comme la résultante logique de la doctrine Monroe.
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