- En Espagne, en quelques années, Marbella est devenue l’un des refuges des narcotrafiquants du monde entier.
- Sur place, le quotidien de la police et des habitants a beaucoup changé.
- Regardez cette enquête du 20H de TF1.
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Le 20H
Il n’y a pas si longtemps, on la surnommait encore « la Saint-Tropez espagnole », en référence à une certaine idée du luxe qu’elle incarnait. Mais en quelques années, Marbella, fameuse station balnéaire de la Costa del Sol
et l’un des centres d’attraction du tourisme international, a changé de visage. Désormais, on la surnomme plutôt « l’ONU des mafias », parce qu’une nouvelle population s’y est dernièrement installée : plusieurs centaines de bandes criminelles d’au moins 60 nationalités différentes, parmi lesquelles des dizaines de Français fugitifs ou narcotrafiquants, ont choisi la ville pour refuge.
Dans l’enquête du JT de 20H de TF1 visible en tête de cet article, nous montons exceptionnellement à bord d’une voiture banalisée conduite par deux douaniers dont vous ne verrez pas le visage. « C’est fondamental d’être en civil pour enquêter parce que j’habite ici. Si on me reconnaît, ça peut mettre ma vie en danger »
, confie l’un, avant de stationner leur véhicule devant des « entrepôts contrôlés par les mafias de l’Est, très violentes »
. C’est là qu’« ils préparent les voitures pour transporter la drogue »
. Problème : une fourgonnette arrive très vite à leur hauteur pendant leur surveillance. « Ils sont venus nous chercher. Ça fait trois minutes qu’on est là et ils nous ont déjà repérés »
, soupire l’un de nos deux douaniers, sans se montrer surpris.
Les chefs de ces clans, dont certains sont en cavale, contrôlent tranquillement ces livraisons de cocaïne et de cannabis depuis l’intérieur de leurs villas sécurisées. Les douaniers que nous suivons n’ont d’autre choix que de se cacher dans les buissons de leurs jardins pour tenter de prendre des photos compromettantes. Souvent en vain. « On cherche un individu lié au trafic de stupéfiants. On sait que c’est sa maison. Mais ici, ils passent inaperçus. Leurs voitures de luxe ne choquent personne parce que tout le monde vit comme ça »
, explique encore l’un des deux douaniers, ainsi réduits à l’impuissance.

En ce moment, les trafiquants français les inquiètent particulièrement : « C’est préoccupant parce qu’ils sont vraiment violents, plus que les autres. Les Français sont habitués à régler leurs comptes avec des armes. C’est une des nationalités qui nous posent le plus de problèmes. »
En octobre dernier, une vingtaine de Français ont été arrêtés dans la région lors de vastes opérations antidrogues. Quelques mois plus tôt, Fernando D., soupçonné d’appartenir au commando ayant permis l’évasion sanglante de Mohamed Amra en mai 2024, et même d’être le tireur présumé ayant abattu les deux agents, avait été interpellé à Marbella.
Selon Me Inès Barba Novoa, avocate officiant en Espagne, qui défend actuellement un narcotrafiquant présumé français et dont 90% des clients sont originaires de l’Hexagone, affirme que les trafiquants français de la Costa del Sol
se professionnalisent. « Le double fond dans une voiture est un élément assez fréquent dans le trafic de stupéfiants. On y trouve notamment des armes de guerre »
, indique-t-elle. Avant de détailler ainsi leur organisation : « Il y a quelqu’un qui doit recevoir la substance, quelqu’un qui guide vers l’entrepôt, il y a une surveillance autour de l’entrepôt. Tout le service doit être compris pour envoyer la drogue en France. »

En parallèle, dans les rues de Marbella, les règlements de comptes se multiplient. Début octobre, un jeune homme a été tué par balles à quelques mètres de la très touristique marina de Puerto Banús. Non loin de là, dans un quartier que les habitants surnomment maintenant « le supermarché de la drogue », des tirs ont été échangés il y a quelques jours, en plein après-midi. On peut encore voir les impacts de balle sur le mobilier urbain. « Juste en face, des gens ont été tués. Là, on travaille, il peut se passer n’importe quoi. Voilà notre équipement : un gilet pare-balles que leurs munitions traversent comme du beurre, et ce pistolet. Eux, ils ont des armes de guerre et nous, c’est comme si on avait des lance-pierres. Ils se moquent de nous »
, dénonce Enrique Picarzo, inspecteur de police et secrétaire régional de Justicia Policial
(JuPol), le principal syndicat de police du pays. En moins d’un an, une quinzaine d’affrontements armés ont été recensés sur la Costa del Sol
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