L’annonce de la mort de Lionel Jospin, figure majeure du socialisme de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle, a eu lieu, lundi 23 mars au matin, au moment même où les dirigeants du Parti socialiste (PS), de La France insoumise (LFI) et des Ecologistes, descendants éparpillés de la « gauche plurielle », s’invectivaient dans les médias au sujet du bilan des élections municipales.
Nombre de ces responsables seront présents à l’hommage national qui doit être rendu à l’ancien premier ministre, jeudi. Un moment de recueillement mais aussi de réflexion sur l’héritage laissé par l’ancien candidat à la présidentielle qui avait lui-même théorisé l’importance du « droit d’inventaire ».
En politique comme en histoire, l’exercice des comparaisons est périlleux. Homme de convictions mais aussi de synthèse, interviewé aux réponses parfois trop longues, dirigeant austère en public, candidat orgueilleux sans être autocentré, Lionel Jospin aurait eu du mal à exister dans notre époque politique. A l’heure des notoriétés fugaces, peut-être même n’aurait-il jamais réussi à émerger dans le maelström des polémiques et des réseaux sociaux. Reste que son parcours illustre avec cruauté les faiblesses actuelles de sa famille politique.
Lors de son passage à Matignon, l’ancien premier secrétaire du PS avait su rassembler toutes les branches de la gauche, du Parti communiste français au Parti radical de gauche, en passant par les écologistes. Cet attelage, à peine affaibli par le départ de Jean-Pierre Chevènement en 2000, aura duré cinq ans et fait aboutir des réformes importantes. C’est une époque révolue.
Socialistes et « insoumis » d’aujourd’hui arrivent parfois à cohabiter par pur intérêt électoral, lors des élections législatives de 2022 et de 2024, ou lors des « fusions techniques » des élections municipales. Ils ne se supportent plus le reste du temps. La « gauche plurielle » est devenue un archipel. Et l’hypothèse d’un programme commun ou d’un accord de gouvernement paraît à ce stade irréaliste.
Pour arriver aux responsabilités, puis pour durer, la gauche est pourtant condamnée à faire des compromis. François Hollande, deuxième président socialiste de la Ve République, élu en 2012, en avait fait les frais, se retrouvant vite entravé par la fronde d’une petite partie de sa majorité.
L’autre leçon laissée par Lionel Jospin, homme admiré par Olivier Faure comme par Jean-Luc Mélenchon, concerne la conquête du pouvoir. En 2002, le premier ministre avait laissé de nombreuses candidatures de gauche prospérer, espérant rassembler au second tour de la présidentielle. Dans le même temps, il avait tempéré son programme qu’il décrivait comme étant non socialiste. Deux erreurs qui avaient affaibli sa candidature et abouti à un « coup de tonnerre », selon ses termes. La qualification de Jean-Marie Le Pen est devenue un traumatisme durable pour la plupart des dirigeants actuels.
A un an de l’élection présidentielle et alors que l’extrême droite semble encore plus puissante qu’en 2002, les candidatures se multiplient pourtant à gauche et les idées sont reléguées au second plan, chacun préférant se lancer des anathèmes ou s’octroyer des brevets de pureté. Etant donné la configuration politique du pays, la seule chance pour cette famille politique éclatée de faire émerger un candidat en position de l’emporter sera d’établir un projet solide, tout en essayant de réunir le maximum de personnalités et de tendances. Cet horizon, à même de répondre au désir d’alternance et d’unité d’une grande partie des électeurs, n’a jamais paru aussi lointain.











