Un climat d’aversion pour le risque règne, lundi 12 janvier, sur les marchés financiers après les menaces de poursuites contre la Réserve fédérale (Fed) pour fraude de la part du ministère de la justice américain, poussant les cours de métaux précieux à de nouveaux sommets et pesant sur les Bourses européennes. Vers 9 h 15, l’once d’or prenait 1,72 % à 4 587,17 dollars, peu après avoir bondi à un nouveau sommet historique de 4 599,87 dollars, et celle d’argent grimpait de 5,59 % à 84,319 dollars après avoir touché un nouveau record à 84,609 dollars.
« Les métaux précieux bénéficient d’un nouveau regain d’aversion au risque » avec les menaces judiciaires qui visent la Fed, qui alimentent les craintes quant à l’indépendance de l’institution, commente Kathleen Brooks auprès de l’Agence France-Presse (AFP), directrice de la recherche chez XTB. Le président de la Fed, Jerome Powell, a annoncé dimanche dans un communiqué que la banque centrale américaine avait reçu une convocation de la part du ministère de la justice, qui pourrait conduire à une mise en accusation, sur la base d’une audition de M. Powell en juin dernier.
Cette convocation s’inscrit dans le climat de forte pression exercé par le président américain, Donald Trump, sur l’institution, afin de la pousser à abaisser plus fortement ses taux, alors que l’inflation reste toujours au-dessus de sa cible de 2 %. « Cette menace n’est pas au sujet de mon témoignage. C’est un prétexte, la menace de poursuites est la conséquence de la volonté de la Fed de décider de ses taux dans le meilleur intérêt du public plutôt que pour répondre aux préférences du président », a dénoncé M. Powell dans une vidéo publiée sur le site de la banque centrale.
Le mandat de Jerome Powell prend fin en mai
Le président américain a accusé la Fed de ne pas avoir respecté le budget prévu pour la rénovation de son siège à Washington, estimant qu’il pouvait y avoir des cas de fraude, et avançant un coût total de 3,1 milliards de dollars, contre les 2,7 milliards de dollars prévus, un chiffre que Jerome Powell dément. « Le mandat de Jerome Powell s’achève en mai, rappelle Mme Brooks. La dernière initiative de Trump signifie que le marché aura peu confiance dans l’indépendance du prochain président de la Fed vis-à-vis de la Maison-Blanche. »
« Les marchés pourraient envoyer un message au président (…) : une politique étrangère interventionniste est une chose, mais une ingérence excessive dans les affaires intérieures n’est pas bienvenue », estime-t-elle, mettant en garde sur un potentiel « épisode de volatilité ».
« Si la Fed ne peut pas définir sa politique sur la base des données économiques et que l’inflation repart à la hausse, il faut privilégier les actifs qui atténuent les risques inflationnistes » comme « l’or, les matières premières (…), les actions à dividendes et la technologie », note auprès de l’AFP Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote.
Les Bourses européennes pâtissaient du climat d’aversion pour le risque. Vers 9 h 35, la Bourse de Paris perdait 0,52 %, Londres 0,14 % et Milan 0,65 % dans les premiers échanges, quand Francfort restait stable (− 0,03 %).
En parallèle de l’envolée des métaux précieux, « le dollar recule, et la stratégie de “vente des actifs américains” pourrait revenir sur le devant de la scène, les investisseurs remettant une nouvelle fois en question l’indépendance de la Fed », souligne Kathleen Brooks. Vers 9 h 15, le billet vert abandonnait 0,41 % face à la monnaie unique, à 1,168 5 dollar pour un euro.








