Les derniers jours de Jean Moulin, la trahison et l’arrestation à Caluire (Rhône), le 21 juin 1943, dans la maison du docteur Dugoujon, l’agonie sous la torture, constituent une page majeure de la Résistance. Par l’esprit de sacrifice qu’elle incarne mais aussi par la part de mystère qu’elle conserve. Ces heures sombres ont fait l’objet, à partir des années 1960, d’une abondante production historique, de multiples documentaires ou œuvres de fiction.
Prévu à l’automne 2026, un nouveau film, Moulin, biopic de László Nemes, avec Gilles Lellouche dans le rôle-titre, reviendra sur cet épisode. Le personnage de Jean Moulin, interprété cette fois par Félix Kysyl, apparaîtra également dans La Bataille de Gaulle, film à gros budget en deux volets d’Antonin Baudry, prévu en salle les 10 juin et 3 juillet.
S’il est une constante dans la plupart des récits publiés sur Caluire, c’est bien l’effacement des femmes, comme un résumé de la longue minoration de leur rôle dans la Résistance. A peine évoque-t-on généralement la figure de Lucie Aubrac, qui fit évader de façon spectaculaire, le 21 octobre 1943, à Lyon, son mari Raymond, arrêté à Caluire aux côtés de Jean Moulin et de six autres responsables de réseaux clandestins.
Les personnages féminins n’existent guère, estompés voire exclus du drame. Leurs traces dans l’histoire, quand il y en a, sont réduites à de brèves notices biographiques. Leur écot fut pourtant énorme. L’image du « cortège d’ombres », du « peuple de la nuit » décrit par André Malraux, lors de la panthéonisation de Jean Moulin en décembre 1964, sied particulièrement à ces héroïnes sans visage qui se battaient dans les ténèbres de l’Occupation.
Enchaînement de revers
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