Lors d’un discours remarqué à Davos (Suisse), le 20 janvier, le premier ministre canadien, Mark Carney, a appelé les « puissances moyennes », que je préfère appeler « puissances dynamiques », à s’unir pour faire face à l’unilatéralisme et à la stratégie coercitive des Etats-Unis. Avec une formule choc : « Si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu. »
Clarifions tout d’abord la notion de puissance dite « dynamique ». Celle-ci désigne des nations à l’économie développée, dotées le plus souvent d’une capacité militaire suffisante, mais non écrasante, et qui, pour la plupart d’entre elles, poursuivent une politique internationale articulée autour des principes du multilatéralisme. Surtout, chacune dispose d’un actif singulier (réserves financières, détention d’une ou plusieurs technologies ou ressources critiques, excellence industrielle ou d’innovation dans un secteur-clé, etc.) qui lui confère une place à part. Les puissances dynamiques forment une catégorie quelque peu hétérogène : Allemagne, France, Royaume-Uni, Brésil, Indonésie, Inde, Turquie, Norvège, Corée du Sud ou encore Australie. Au total, pas plus d’une grosse vingtaine de nations.
Aucune n’a la capacité de rivaliser avec l’avance technologique (notamment de rupture) et la puissance économique des deux grandes puissances que sont aujourd’hui les Etats-Unis et la Chine. Sans parler bien sûr de la capacité militaire et stratégique prédominante de Washington. En revanche, si elles en manifestent la volonté, les puissances dynamiques ont la capacité de contenir, orienter ou canaliser les velléités hégémoniques du couple sino-américain, à influencer les règles du jeu international et, in fine, à se préserver des marges d’autonomie.
Leviers technologiques
En privilégiant par exemple la défense commune du respect du droit, les puissances dynamiques peuvent atténuer, voire contraindre la force brute de ce nouveau duo prédateur. L’Europe unie est ainsi parvenue, à travers son règlement général sur la protection des données (RGPD), à imposer son cadre de protection des données aux géants américains de la tech, et son modèle a ensuite été repris par d’autres économies, comme le Brésil ou le Japon. Face à un marché intégré de près de 450 millions de consommateurs, les Etats-Unis n’ont eu d’autre choix que de se conformer à ses règles pour pouvoir y accéder. Mais sous leur pression, l’Europe s’apprête tout de même à les « simplifier ».
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