Dès le soir du premier tour des municipales, le 15 mars, une bataille d’interprétation s’est ouverte : la France insoumise (LFI) a-t-elle réussi une percée, ou ses résultats ne sont-ils qu’une illusion statistique ? Cette question a redoublé d’intensité à l’issue d’un second tour, le 22 mars, marqué par le bilan en demi-teinte des alliances entre LFI et les autres partis de gauche, notamment le Parti socialiste (PS).
Si ces alliances ont été gagnantes à Lyon, Nantes et Grenoble, elles ont conduit à des échecs importants à Limoges, Brest, Besançon, Clermont-Ferrand, Poitiers et Toulouse. Quant à LFI, elle a remporté d’importants succès à Roubaix, La Courneuve et Vénissieux, tout en perdant Faches-Thumesnil dans le Nord.
Plutôt que de tirer des conclusions hâtives de ces résultats contrastés, mieux vaut analyser ce que veulent dire ces municipales pour LFI et, par ricochet, pour la gauche dans la perspective de la séquence électorale de 2027. Dans ces élections municipales, LFI n’avait pas cherché à être présente partout : elle s’est présentée là où elle pensait pouvoir peser.
Structure territoriale robuste
Dans les communes de plus de 9 000 habitants, plus de 10 000 candidats « insoumis » s’étaient présentés au premier tour, dont 239 têtes de liste, contre près de 19 000 candidats réunis sous des configurations d’union de la gauche. Au second tour, environ 2 400 candidats « insoumis » étaient sur les rangs – soit à peine un quart de leurs effectifs initiaux, dont 51 têtes de liste –, contre plus de 8 600 candidats issus des listes d’union de la gauche – soit près de la moitié de leurs effectifs de départ. Au total, les candidats « insoumis » ne pesaient donc qu’environ 2 % des candidats du second tour, contre près de 7 % pour les configurations d’union de la gauche.
L’offre électorale de LFI révélait, avant même que le premier tour se déroule, un choix stratégique d’implantation sélective. LFI concentrait ses candidatures dans des territoires déjà favorables au vote mélenchoniste, ou marqués par la présence de ses élus. La géographie de leurs candidatures en témoigne : la Seine-Saint-Denis, par exemple, pesait nettement plus dans les candidatures « insoumises » que dans celles de l’union de la gauche. Pour sa première participation structurée à des municipales, LFI a ainsi privilégié une logique d’ancrage plutôt qu’une couverture uniforme du territoire – qui est sans doute hors de sa portée pour le moment.
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