Le film d’animation Team America, police du monde, réalisé par Trey Parker en 2004, met en scène une unité d’élite sauvant le monde d’une menace polymorphe composée du dirigeant nord-coréen, de terroristes islamistes, et d’acteurs progressistes, au mépris du droit et de la prudence. Cette satire de l’interventionnisme américain apparaît aujourd’hui comme l’oracle d’un monde dans lequel la force brute vient se substituer à un droit international en déchéance.
Dans la nuit du 2 au 3 janvier, les Etats-Unis ont bombardé le Venezuela et enlevé le président Nicolas Maduro ainsi que son épouse, l’ancienne présidente de l’Assemblée nationale Cilia Flores. Le président américain, Donald Trump, a depuis annoncé qu’ils seraient tous deux jugés pour des infractions liées au trafic de drogue et à la possession d’armes, tandis que les Etats-Unis dirigeraient le Venezuela pendant une période de transition lors de laquelle des entreprises américaines pourraient exploiter les infrastructures pétrolières du pays. Le secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, a tenté de justifier l’absence de consultation préalable du Congrès en décrivant cette intervention militaire comme une « opération de maintien de l’ordre » visant à « arrêter deux fugitifs ».
Mais qu’il s’agisse d’une opération militaire ou de police, cette intervention viole les principes fondateurs de l’ordre légal international contemporain. Construit en 1945, celui-ci repose largement sur la Charte des Nations Unies, dont les articles 1 et 2 consacrent l’égale souveraineté des Etats, le refus du recours à la force dans les relations interétatiques, et la promotion du règlement pacifique des différends.
En vertu de cette charte, telle qu’interprétée par la Cour internationale de justice, une opération militaire sur un territoire étranger n’est légale que lorsqu’elle a été autorisée par le Conseil de sécurité des Nations unies en l’absence de solution pacifique, ou lorsqu’elle est justifiée par la légitime défense. En intervenant militairement au Venezuela, sans avoir obtenu l’autorisation préalable du Conseil de sécurité et en l’absence de tout danger réel et imminent, les Etats-Unis ont commis un acte d’agression. Ni la violence du régime chaviste, ni les violations des droits humains au Venezuela, ni la lutte contre le narcotrafic ne peuvent justifier un tel acte. En droit, celui-ci pourrait en revanche justifier une réponse militaire du Venezuela (s’il en avait les capacités) ou l’intervention du Conseil de sécurité (s’il n’était pas verrouillé par le veto américain).
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