- Les réalisateurs espagnols Javier Ambrossi et Javier Calvo, alias Los Javis, ont frappé un grand coup avec « La Bola Negra », présenté jeudi en compétition à Cannes.
- Ce duo queer s’inspire d’un roman inachevé de Federico García Lorca pour raconter la douleur de l’homosexualité en Espagne à travers le XXᵉ siècle.
- TF1info les a rencontrés avant la projection officielle ce jeudi.
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Dans la dernière ligne droite du 79ᵉ Festival de Cannes, le duo de réalisateurs espagnols Javier Ambrossi et Javier Calvo, alias Los Javis, a frappé un grand coup avec La Bola Negra
, leur deuxième long-métrage en lice pour la Palme d’or, librement inspiré d’un roman inachevé de Federico García Lorca. Stars du petit écran grâce à la série
Las Mesias
, diffusée en France sur Arte, ces figures de la nouvelle génération queer mettent en scène le destin de trois homosexuels, en 1932, 1937 et 2017, réunis par un fil invisible.
Cette fresque romantique et politique, ponctuée d’images flamboyantes, est portée par un casting de jeunes talents bouleversants, dont le chanteur Guitarricadelafuente dans son premier rôle à l’écran. Produit par Pedro Almodóvar, La Bola Negra
bénéficie également de la présence de son égérie, Penélope Cruz. TF1info les a rencontrés ce jeudi avant la projection officielle.
Vous êtes connus pour votre travail à la télévision, à une époque où le public jeune regarde davantage de séries que de films. Le cinéma, c’est pour rêver plus grand ?
Javier Ambrossi : Nous avons beaucoup appris à la télévision, parce qu’elle vous permet d’expérimenter. Vous avez plus de temps, des épisodes, et vous avez le droit de vous tromper parfois. C’est donc un médium plus libre, d’une certaine façon. C’est la télévision qui m’a fait tomber amoureux du jeu, des acteurs, et nous voulions mettre tout ce que nous y avons appris dans les films. En plus, on espère que le public qui a grandi avec nos séries va nous suivre vers le cinéma. C’est une manière de boucler la boucle…
Javier Calvo : … et de faire revenir les gens en salles. En ce moment, je regarde plus de films que de séries. C’est mon truc ! Je voulais aussi faire un film. Je voulais raconter une histoire. Je voulais rassembler les gens dans une salle et vivre des émotions collectivement.
Javier Ambrossi : Et c’est quelque chose que la télévision ne propose pas. Nous sommes donc excités de présenter le film ici, afin de partager notre histoire avec un grand public… Et advienne que pourra !
La Bola Negra
, c’est un roman inachevé de Federico García Lorca dont vous avez imaginé la suite. C’est assez gonflé, non ? Comment avez-vous abordé l’écriture ?
Javier Ambrossi : En réalité, tout a commencé avec « La Piedra Oscura », une pièce d’Alberto Conejero qui raconte l’histoire des personnages de Rafael et Sebastian. À un moment, Rafael parle de
« La Bola Negra ». On a commencé à faire des recherches, on a découvert ces quatre pages qui sont magiques. La première, c’est juste la présentation des personnages, une liste intrigante, tellement elle est réaliste. La mère, le père, la sœur. Soudain, il se met à neiger en été… Un truc magique ! On s’est dit qu’il allait essayer d’imaginer ce que le personnage de Sebastian penserait en les lisant. On a réalisé qu’il nous faudrait une intrigue dans le présent pour nous mettre dedans. On a pris du temps pour créer la structure. Et soudain, tout a fonctionné !
C’est arrivé facilement ?
Javier Calvo : Parfois, c’était dur. On a beaucoup bossé, mais ça en valait la peine. En fait, à partir du moment où on a lu ‘La Piedra Oscura », on a vu la destination. Il fallait ensuite trouver le chemin.
Ce n’est pas un film de niche. C’est un énorme film, avec trois hommes homosexuels, incarnés par des acteurs homosexuels, réalisé par deux réalisateurs homosexuels
Ce n’est pas un film de niche. C’est un énorme film, avec trois hommes homosexuels, incarnés par des acteurs homosexuels, réalisé par deux réalisateurs homosexuels
Javier Ambrossi
C’est un film visuellement très puissant, avec des images qui restent en tête longtemps après la projection. Comment avez-vous procédé ? Avec un storyboard ?
Javier Calvo : Nous pensions qu’il était important de conserver la beauté de la langue à travers la poésie des images. Nous avons beaucoup travaillé avec notre chef opérateur qui a planifié la position de chaque personnage dans chaque plan afin de créer de belles compositions. C’était important pour nous afin de transmettre de l’émotion. Nous n’avons pas utilisé de storyboard. Nous avons fait des repérages des décors, étudié le placement de la caméra, des acteurs. C’est beaucoup de réflexion en amont avant de tourner.
Javier Ambrossi : Le film parle de l’importance des objets à travers le temps, comme un héritage qui transmet la mémoire. Nous voulions donc envisager le film lui-même comme un objet artistique, en 35 mm, avec les bordures du cadre, comme s’il s’agissait d’un film dans le film. Encore une fois ça correspond à la nature du récit qui souligne l’importance des objets, parce que ce sont les seules choses qui survivent. Contrairement aux émotions.
Sur les 22 films en compétition cette année, 7 sont en lice aussi pour la Queer Palm. Qu’est-ce que ça vous inspire ? Ça dit quelque chose de la place que prennent les histoires LGBT dans les films mainstream ?
Javier Calvo : Pour moi, c’est une réponse au retour du fascisme.
Javier Ambrossi : C’est une manière pour le monde culturel de dire : nous ne reviendrons pas en arrière. Je pense que c’est ce que disent le Festival de Cannes, les réalisateurs et tous les artistes.
Javier Calvo : Parce que l’art est une réponse à la société. Et une forte réponse, c’est une confrontation.
“La bola negra”, de Javier Calvo y Javier Ambrossi, deslumbra en su première mundial del Festival de Cannes y lo estábamos deseando ❤️ Aquí un trocito que nos ha regalado Movistar Plus #Cannes2026 pic.twitter.com/83oYnKIvMj — Pau Brunet (@BrunetPau) May 21, 2026
En tant qu’artistes LGBT, ressentez-vous davantage d’homophobie dans la société qu’il y a dix ans ?
Javier Calvo : Les artistes LGBT ont fait un long chemin vers la visibilité. Mais aujourd’hui, il y a une menace, une ombre qui pèse sur eux. Nous sommes là pour raconter des histoires, et rappeler aux gens ce qui arrivait avant aux gens comme nous.
Javier Ambrossi : En ce sens, le film est politique. Ce n’est pas un film de niche. C’est un énorme film, avec trois hommes homosexuels, incarnés par des acteurs homosexuels, réalisé par deux réalisateurs homosexuels. On veut s’adresser au public le plus large possible, parce que les droits LGBT, ce sont les droits de l’Homme.
Pedro Almodóvar doit être fier de vous, non ?
Javier Ambrossi : C’est notre producteur et on l’adore. Il a ouvert tellement de portes.
Pendant longtemps, c’était le seul réalisateur espagnol homosexuel évoluant dans le cinéma mainstream…
Javier Calvo : C’est notre parrain ! En Espagne, il a été le premier à montrer des hommes gays dans des films s’adressant à tous, c’est vrai.
Javier Ambrossi : Moi, quand j’étais gamin, j’ai découvert que j’étais « peut-être » gay en voyant ses films. Il a aussi cette vision artistique, cette volonté de faire des films lumineux. Des drames, mais avec plein de couleurs et de références pop. D’une certaine manière, c’est ce que nous voulons faire aussi.
>> La Bola Negra
de Javier Calvo et Javier Ambrossi. Avec Guitarricadelafuente, Miguel Bernardeau et Penélope Cruz. En salles prochainement.

