- Un mouvement de contestation lycéen, parti d’Île-de-France au début de la semaine passée, a gagné peu à peu plusieurs villes du pays.
- Dès les premiers jours de mobilisation, des élus insoumis ont apporté leur soutien à ces blocages d’établissement, accusant le gouvernement de les « réprimer ».
- De son côté, l’exécutif déplore des « violences » et accuse LFI d' »instrumentaliser » la colère des élèves.
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Au fil des jours, la mobilisation des lycéens s’étend à plusieurs villes et les passes d’armes politiques, elles, ne cessent de se multiplier. Depuis l’émergence d’un mouvement de blocage dans des lycées franciliens (nouvelle fenêtre) la semaine passée, la France insoumise a rapidement apporté son soutien aux jeunes et accusé le gouvernement d’avoir déployé une « répression »
contre eux. De son côté, l’exécutif fustige des « violences urbaines »
et accuse les élus insoumis de comportements « irresponsables »
.
Les premiers blocus sont apparus dès le début de la semaine passée en Île-de-France (nouvelle fenêtre), autour de revendications liées à des manques de moyens mais aussi des professeurs non remplacés ou encore d’établissements insalubres. Le mouvement serait parti du lycée Saint-Exupéry de Créteil, a précisé à l’AFP le président de l’Union syndicale lycéenne.
Un mouvement soutenu en ligne et sur place
Dès le lundi 21 septembre, le député insoumis du Val-de-Marne Louis Boyard, qui s’exprime régulièrement sur des sujets liés à la scolarité, se filme aux côtés de dizaines d’élèves de l’établissement, qui l’accueillent en liesse. « Tous ces jeunes, (…) ils sont en train de vous donner le retour de bâton de la jeunesse que vous avez oubliée et méprisée »
, lance l’élu à l’adresse du président Emmanuel Macron, dans une vidéo (nouvelle fenêtre) cumulant plus de 1,2 million de vues sur TikTok. Dans une série d’autres vidéos virales, atteignant parfois près de deux millions de vues, le député défend une mobilisation « légitime »
et plaide pour « l’étendre »
sur X (nouvelle fenêtre).
Des élus LFI se mobilisent aussi en Seine-Saint-Denis, où le mouvement lycéen a également pris de l’ampleur. À Saint-Denis, le maire Bally Bagayoko estime dès jeudi, sur X toujours (nouvelle fenêtre), que « nos jeunes doivent pouvoir exprimer leurs revendications en toute sécurité »
, tout en déplorant des « violences et dégradations »
au lycée Bartholdi. Dans les jours suivants, l’édile se filme devant le lycée Paul Eluard (nouvelle fenêtre), pour y apporter son « soutien »
mais aussi pour « apaiser la situation »
. Refusant de « condamner »
des images de dégradations dans des lycées, il a estimé lundi soir sur LCI (nouvelle fenêtre) que « les premiers qui doivent être condamnés c’est celles et ceux qui n’ont jamais respecté la promesse républicaine de mettre des moyens humains, matériels dans les établissements scolaires »
.
Le ton est bien différent du côté du gouvernement, qui fustige rapidement des « violences »
lors de ces mobilisations et accuse LFI d’exploiter cette colère lycéenne. Si « les difficultés scolaires doivent être entendues et traitées »
, « instrumentaliser politiquement la jeunesse (…) ne résout aucune de ces difficultés »
, cingle dès jeudi le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray sur le réseau X (nouvelle fenêtre). Et la tension monte encore d’un cran quant à la réponse policière déployée par le gouvernement.
« Surenchère irresponsable » versus « sauvagerie policière »
Lundi, 164 interpellations sont réalisées aux abords d’établissements à travers le pays, et des blessés sont à déplorer à la fois parmi les forces de l’ordre, le personnel pédagogique et des élèves. Ces manifestations « s’apparentent
à des violences urbaines
(nouvelle fenêtre)«
, affirme le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, pour qui le soutien apporté par des élus LFI « dans ce contexte »
est « totalement irresponsable »
.
La confrontation vire même à la passe d’armes directe entre Sébastien Lecornu et Jean-Luc Mélenchon, sur le réseau X. Fustigeant des « tirs de mortiers, incendies, violences aux abords des lycées »
, le Premier ministre cingle (nouvelle fenêtre) une « surenchère (…) irresponsable »
de la part d’élus LFI. « Cette férocité est irresponsable avec un arrière-goût raciste évident »
, rétorque le chef de file insoumis (nouvelle fenêtre) et candidat à la présidentielle, y voyant une « répression »
contre des lycéens « inoffensifs »
. Le locataire de Matignon met alors en avant le cas d’une lycéenne « blessée à l’acide chlorhydrique, aux mains et au visage par des agresseurs violents »
, ou encore des « agressions contre les personnels »
. Jean-Luc Mélenchon l’enjoint en réponse de « présent(er) »
les « coupables »
, et tance toujours (nouvelle fenêtre) une « sauvagerie policière »
et des « violences disproportionnées »
, évoquant un cas de « tir au visage »
.
Des critiques reprises par plusieurs autres membres du parti. Sur Instagram, le député insoumis Thomas Portes relaie jeudi une vidéo (nouvelle fenêtre) montrant des forces de l’ordre plaquer un jeune au sol : « la police se déchaîne contre des élèves »
de Sarcelles, écrit-il. Une séquence que l’on retrouve sur X (nouvelle fenêtre), publiée par un internaute se présentant comme « militant communiste »
et professeur de philosophie, qui décrit la scène comme « une des multiples interpellations violentes ce matin »
aux abords des lycées de la ville du Val-d’Oise. Plusieurs députés LFI du département annoncent de leur côté (nouvelle fenêtre) ce mardi saisir le procureur de la République après que des policiers ont selon eux « violemment réprimé »
un autre rassemblement lycéen. « Nous sommes horrifiés par la répression que (les élèves) subissent »
, insiste la présidente du groupe insoumis à l’Assemblée nationale Mathilde Panot.
Le bras de fer s’est également élargi à la droite. La présidente LR de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, annonce durant le week-end sur LCI (nouvelle fenêtre) avoir saisi la justice après avoir été traitée de « raciste »
par Louis Boyard. Invitée ce mardi matin sur RMC (nouvelle fenêtre), elle accuse aussi les Insoumis d’être devenus des « pompiers pyromanes »
et d’avoir propagé « un mot d’ordre »
en ligne, « Saccage ton lycée »
, « relayé avec des défis TikTok »
. Si des internautes se vantent bien sur le réseau d’avoir réussi un blocus dans leur établissement, nos recherches n’ont pas permis d’identifier la circulation d’une telle injonction sur des comptes d’élus insoumis.
Le reste de la classe politique commence également à s’emparer du sujet. La présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet (Renaissance) estime elle aussi que l’appel insoumis à amplifier le mouvement « relève de l’irresponsabilité »
. Tandis qu’à gauche, l’ex-Insoumis François Ruffin, candidat pour 2027, fustige ce mardi sur TF1 une « répression de la jeunesse »
, tout en condamnant les violences qui ont accompagné le mouvement. Au diapason de LFI, le chef de file du PS et candidat à la primaire Olivier Faure exhorte lui sur X à répondre aux demandes des jeunes « par l’éducation »
, et non « par la matraque »
.

