L’intérêt de Donald Trump pour le Groenland n’est pas nouveau, mais il est devenu une obsession. En quelques semaines, les revendications du président américain sur ce territoire de l’Arctique sous souveraineté danoise sont devenues l’un des sujets de tension les plus aigus entre les Etats-Unis et l’Europe, jetant une lumière crue sur le mépris de Washington pour le droit international, les Européens et l’alliance transatlantique.
La tension est encore montée d’un cran, mardi 25 mars, avec l’annonce de la visite, vendredi 28 mars, du vice-président J. D. Vance et de son épouse sur la base spatiale de Pituffik, que maintiennent les forces américaines au Groenland depuis de longues années. Dans un message vidéo diffusé sur le réseau social X, M. Vance a affirmé que l’annonce de la visite de sa femme, Usha, « avait suscité une telle excitation » qu’il avait décidé de se joindre à elle, « pour être briefé sur les questions de sécurité arctique » et « voir où en est la sécurité du Groenland ».
En réalité, Washington a modifié la nature de la visite initialement prévue, face à la levée de boucliers qu’elle avait soulevée au Danemark et en Europe. Mme Vance, la femme du vice-président, devait y aller avec son fils pour assister, samedi 29 mars, à un championnat de chiens de traîneau. Curieusement, elle devait être accompagnée du conseiller à la sécurité nationale, Mike Waltz, et du secrétaire à l’énergie, Chris Wright. Deux gros-porteurs militaires américains avaient déjà atterri, lundi, au Groenland pour débarquer du personnel de sécurité.
Le problème est que, démentant le président Trump selon lequel cette visite avait lieu à la demande des autorités du Groenland, ces dernières ont vite fait savoir non seulement qu’elles n’avaient invité personne, occupées qu’elles sont à former un gouvernement à la suite des récentes élections, mais qu’elles jugeaient la visite américaine « très agressive ». Des manifestations de protestation étaient en préparation au sein de la population de 56 500 habitants.
Souvenirs de Crimée
Finalement, la partie civile de la visite est annulée, Mme Vance ne verra pas « cette course monumentale » de chiens de traîneau dont elle s’était réjouie dans un communiqué annonçant son voyage et renonce à « célébrer l’unité et la culture » du Groenland. En revanche, le niveau de la délégation est élevé, avec la participation du vice-président lui-même. C’est une façon d’éviter à Mme Vance et aux électeurs américains le désagrément d’une réception hostile, tout en maintenant la revendication d’un contrôle par les Etats-Unis de ce territoire dépendant de la couronne danoise.
Car c’est bien là le problème. La formulation régulièrement utilisée par le président Trump à propos du Groenland laisse peu de doute sur ses intentions : « Nous en avons vraiment besoin pour la sécurité mondiale, a-t-il encore dit récemment, et je pense que nous allons l’avoir. D’une manière ou d’une autre, nous l’aurons. » Sans le moindre fondement, M. Vance traite aussi le Danemark de « mauvais allié ».
La première ministre du Danemark, Mette Frederiksen, juge ces pressions « inacceptables » et elle a raison. Si les Européens ignorent ce que veut dire le « d’une manière ou d’une autre » de Donald Trump, le souvenir des « petits hommes verts » envoyés par le président russe, Vladimir Poutine, en 2014, pour prendre le contrôle de la Crimée est assez frais pour que ces menaces soient prises au sérieux. La solidarité européenne avec le Danemark doit être sans faille : laisser Donald Trump faire main basse sur le Groenland serait une erreur fondamentale.