Matt Brittin, un ancien dirigeant de Google, a été nommé directeur général de la BBC, près de cinq mois après la démission de Tim Davie, a annoncé, mercredi 25 mars, le groupe audiovisuel public britannique. Il prendra ses fonctions le 18 mai, précise le communiqué du groupe.
M. Brittin, 57 ans, peu connu du grand public, a passé dix-huit ans chez Google, dont une décennie à la tête de la région Europe-Moyen-Orient-Afrique, avant de quitter l’entreprise américaine de la tech à l’automne 2024. Le président de la BBC, Samir Shah, a salué « un dirigeant hors pair qui possède les compétences nécessaires pour guider l’organisation à travers les nombreux changements qui s’opèrent sur le marché des médias ».
M. Brittin prend les rênes du groupe public britannique et de ses quelque 21 000 employés à un moment difficile pour ce poids lourd des médias. « Aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin d’une BBC florissante qui soit au service de tous dans un monde complexe, incertain et en constante évolution », a-t-il réagi, cité dans le communiqué.
La controverse de novembre 2025 qui a poussé à la démission Tim Davie et la patronne de BBC News Deborah Turness a relancé le débat sur le fonctionnement du groupe audiovisuel public et son impartialité, après déjà plusieurs polémiques et scandales ces dernières années.
Le groupe avait diffusé, juste avant la présidentielle américaine de 2024, dans un documentaire, des extraits d’un discours prononcé par Donald Trump le 6 janvier 2021, date de l’assaut du Capitole par ses partisans pour empêcher la certification de la victoire de son adversaire, le démocrate Joe Biden. Des extraits du discours avaient été montés de telle façon que Donald Trump semblait appeler explicitement ses partisans à prendre d’assaut le Capitole à Washington.
Un nouveau chapitre pour la BBC
La BBC, dont l’audience et la réputation dépassent largement les frontières du Royaume-Uni, a dû présenter ses excuses au locataire de la Maison Blanche et retirer le documentaire des plateformes où il restait visible. Mais Donald Trump a décidé de porter l’affaire devant un tribunal de Floride. Il réclame 10 milliards de dollars (8,6 milliards d’euros). La BBC a demandé l’annulation de la procédure, arguant notamment du fait que le documentaire n’a jamais été diffusé en Floride, ni aux Etats-Unis.
Cette affaire est d’autant plus mal tombée qu’elle a coïncidé avec le début du réexamen décennal de la charte de la BBC, qui pourrait, d’ici à la fin de 2027, entraîner des réformes de son financement, de sa gouvernance et de ses obligations envers le public britannique.
La BBC tire l’essentiel de ses revenus d’une redevance annuelle payée par le public britannique. Elle s’élève actuellement à 174,50 livres (200 euros) par foyer, mais est de plus en plus contestée et victime d’une fraude croissante, selon un rapport parlementaire. L’institution est aussi confrontée à la crise qui touche l’ensemble des médias : défiance croissante du public, critiques de la part des milieux conservateurs, bouleversements liés à l’intelligence artificielle…
Des défis majeurs pour le nouveau dirigeant
Dans ce contexte chargé d’incertitudes, la BBC a annoncé en février qu’elle allait devoir réaliser des économies correspondant à quelque 10 % de ses coûts sur les trois prochaines années, sans préciser quel impact elles pourraient avoir sur l’emploi. Elle a aussi annoncé en janvier un « partenariat stratégique » avec la plateforme YouTube, propriété de la holding Alphabet (Google), afin de reconquérir le jeune public et de générer des revenus supplémentaires.
L’arrivée à la tête de la vénérable « Beeb » d’un ancien de Google et du cabinet de conseil McKinsey a suscité des critiques avant même l’officialisation de sa nomination.
Dans les colonnes du Telegraph, une « personnalité éminente » du monde des médias restée anonyme a dénoncé son manque d’expérience dans la « production et la diffusion » de l’information, et qualifié sa nomination de « risque énorme ».
Nommé en 2025 membre de la Royal Television Society, association de critiques de télévision qui distribue de prestigieuses récompenses, ce fan de la série de science-fiction Doctor Who avait confié rêver « depuis longtemps » d’entrer dans le monde de la télévision britannique. Diplômé de Cambridge, M. Brittin a également fait partie de l’équipe britannique d’aviron lors des Jeux olympiques de Séoul, en 1988. Il a remporté une médaille de bronze aux Championnats du monde d’aviron en 1989.








