Dans le salon, le philodendron déploie de jeunes feuilles vert tendre. C’est étonnant. Il végète dans presque rien depuis longtemps. Massyka s’excuse auprès du végétal mais les sacs de terreau, « c’est trop lourd à monter jusqu’ici ». Droite face aux rideaux en voile rose de la fenêtre, tuteurée et soutenue par une cordelette tendue au radiateur, la plante ne moufte pas.
Autour, les meubles ont leur napperon bien disposé, le jeté de canapé plisse en bas comme une robe de bal, aucune poussière n’encombre les bibelots. Les photos sont encadrées, et les fleurs en tissu, flamboyantes. « C’est dans une semaine, Noël ? » Massyka a peur d’oublier.
Les jours ont une fâcheuse tendance à se ressembler, dit avec ses mots cette dame de 87 ans, qui ne sort plus vraiment de son appartement. Pour dire bonjour, Massyka pose l’une de ses deux cannes, offre son regard, son sourire, et tend sa main. Très lisse, malgré les dizaines d’années de travaux de couture qu’elle a au compteur.
Massyka occupe son appartement, seule, depuis 1986. Une chambre, une salle de bains, une cuisine et un salon-salle à manger au 6e étage d’un HLM, dans le quartier de la Thibaude, à Vaulx-en-Velin (Rhône). Le bailleur social de ce bien ne semble pas de ceux qui rendent la vie plus douce. L’été dernier, l’ascenseur est resté en panne près de quatre mois ; l’hiver passé, les radiateurs ont lâché. Les réparations ont tardé. « Demain, toujours demain, ils disent. » A l’intérieur, il fallait porter son vêtement d’extérieur, même pour dormir.
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