Dimanche 15 mars, comme dans toutes les communes de France, les électeurs de Paris, de Lyon et de Marseille se rendront aux urnes pour le premier tour des élections municipales. Mais, dans les trois plus grandes villes de l’Hexagone, ils devront suivre les nouvelles règles de vote adoptées par la réforme du 11 août 2025, dite « réforme PLM », qui suscite encore un certain nombre d’interrogations et d’incompréhensions. Nous répondons ici aux principales questions sur le sujet que vous avez posées dans notre suivi en direct des municipales.
Quels sont les enjeux et les conséquences de l’abaissement de la prime majoritaire (de 50 % à 25 %) à Paris, Lyon et Marseille ?
La prime majoritaire est une modalité qui accompagne les scrutins proportionnels de liste dans les élections régionales et municipales. A la différence d’un scrutin majoritaire, à l’issue duquel un candidat victorieux remporte tout (comme aux législatives), le résultat d’un scrutin proportionnel répartit les sièges du conseil (régional ou municipal) entre toutes les listes, selon leur pourcentage de voix. Pour permettre malgré tout la constitution d’une majorité à l’issue de l’élection même si aucune liste n’obtient la majorité absolue à elle seule, il a été ajouté ce principe de « prime majoritaire », fixée à 50 % pour les municipales : la liste arrivée en tête se voit attribuer d’office la moitié des sièges, puis le reste des places est réparti selon les résultats de toutes les listes qui ont fait plus de 5 %.
Cela valait jusqu’à présent dans toutes les communes, y compris Paris, Lyon et Marseille, mais la réforme du 11 août 2025 a abaissé cette prime à 25 % : désormais, dans ces trois villes, la liste victorieuse n’obtiendra plus qu’un quart des sièges de façon automatique. La principale conséquence est qu’il devient un peu plus difficile d’obtenir une majorité absolue au conseil municipal. Les 75 % des places restantes seront distribuées au prorata de tous les résultats ; pour avoir la majorité absolue, la liste arrivée en tête devra donc récupérer encore 25 % des places, soit un tiers de 75 %, soit un tiers des suffrages exprimés, c’est-à-dire faire au total plus de 34 % des voix. Evidemment, dans le cas où une liste gagne dès le premier tour en remportant plus de 50 % des voix (ce qui est assez peu probable dans ces trois villes), la question ne se pose pas. Le risque d’absence de majorité absolue au conseil municipal, donc de difficulté pour faire élire un maire et ensuite gouverner, interviendra surtout en cas de quadrangulaire ou de quinquangulaire au second tour.
Imaginons le cas suivant après une quadrangulaire à Paris : un candidat A recueille 33 %, un candidat B 30 %, un candidat C 23 % et un candidat D 14 %. La répartition des 163 sièges du Conseil de Paris sera la suivante : 80 pour A (pas de majorité absolue), 37 pour B, 28 pour C et 18 pour D.
Comment fonctionneront les conseils municipaux si une majorité des conseils d’arrondissement n’ont pas la même couleur politique ?
La réforme PLM a dédoublé le scrutin municipal : avant, et depuis 1982, les électeurs parisiens, marseillais et lyonnais ne votaient que pour des conseillers d’arrondissement (ou de secteur), dont une partie étaient délégués au conseil municipal. Désormais, ils doivent voter deux fois : toujours pour leurs conseillers d’arrondissement et, à côté, pour des conseillers municipaux. Même si les candidats peuvent se présenter aux deux et être à la fois conseiller d’arrondissement et conseiller municipal, ce sont bien deux élections distinctes, avec deux parcours de vote pour les électeurs (deux tables de bulletins, deux déplacements dans l’isoloir, deux émargements et deux bulletins glissés dans deux urnes différentes). D’ailleurs, la prime majoritaire évoquée plus haut reste à 50 % dans les arrondissements. Il est donc théoriquement possible que les résultats diffèrent et qu’il y ait une majorité d’arrondissements de gauche d’un côté et une mairie centrale de droite de l’autre (ou l’inverse).
Bien que cela soit assez peu probable, cela n’entraverait pas la gouvernance de la mairie centrale, car celle-ci aurait sa majorité propre au conseil municipal (appelé Conseil de Paris dans la capitale) pour faire voter les textes. Les mairies d’arrondissement ne sont pas des mairies de plein exercice qui ont une existence juridique propre, et la réforme PLM n’a rien changé à cela : la mairie centrale a, et aura toujours, le dernier mot. Elle peut imposer ses politiques, notamment sur l’urbanisme. Le maire d’arrondissement donne son avis et, bien que celui-ci ne soit pas contraignant, il est en général respecté par le maire central. C’est ainsi qu’à Paris il y a nettement moins de logements sociaux ou de rues piétonnisées – deux axes forts de la politique d’Anne Hidalgo – dans les arrondissements de droite.
Dans l’hypothèse où le maire de Paris, Lyon ou Marseille se retrouverait face à une majorité de maires d’arrondissement ou de secteur d’un autre bord politique, cela conduirait soit à un durcissement du rapport de force politique soit à plus de négociations entre les élus.
A Paris, à Lyon et à Marseille, quels sont les pouvoirs du maire d’arrondissement, par rapport au maire central ? Et quels sont ceux du président de la Métropole de Lyon ?
La réforme PLM n’a rien changé à la répartition des pouvoirs entre ces instances. Les maires de secteur ou d’arrondissement continueront d’assurer la gestion des services de proximité (petits équipements sportifs et parcs) mais n’auront toujours pas autorité sur le personnel, ni la main sur les budgets de fonctionnement. En revanche, ce sont eux qui attribueront encore la moitié des logements sociaux situés dans leur arrondissement ainsi qu’une part des places en crèche, également à hauteur de 50 % à Paris. Dans cette ville, les candidats Emmanuel Grégoire (union de la gauche hors La France insoumise) et Rachida Dati (Les Républicains) ont promis de déléguer davantage de pouvoirs aux maires d’arrondissement, sur la sécurité et la propreté.
A Lyon, il y a une métropole unique en son genre, également élue au suffrage universel direct : les électeurs de cette ville ne voteront donc pas deux fois mais trois (arrondissement, ville, métropole). Créée le 1er janvier 2015, la Métropole de Lyon est issue de la fusion entre le département du Rhône et la communauté urbaine de Lyon, sur le territoire de 58 communes autour de la capitale des Gaules. Comptant plus de 1,5 million d’habitants, cette métropole a repris toutes les compétences du département et de l’ancienne communauté urbaine, avec un budget de 4 milliards d’euros et 9 000 agents. Concrètement, elle exerce de plein droit, et à la place des communes situées sur son territoire, des compétences économiques (zones d’activité, équipements culturels, tourisme…), d’aménagement de l’espace (plan local d’urbanisme, mobilités, voirie…) mais aussi sociales (allocations, protection de l’enfance…) de logement, de gestion l’énergie ou encore des déchets.
A noter que l’échelon de la métropole existe aussi à Marseille et à Paris, mais leurs représentants ne sont pas élus directement : ils sont fléchés sur les listes des conseils municipaux. Si la métropole Aix-Marseille-Provence possède à peu près les mêmes compétences que celle de Lyon, la métropole du Grand Paris reste, elle, une instance sans réel pouvoir politique.
Pourquoi Toulouse n’est-elle pas concernée par une loi similaire à la PLM alors qu’elle est de taille sensiblement similaire à Lyon ?
Avec un peu plus de 511 000 habitants selon le dernier recensement, Toulouse n’est pas loin de disputer le statut de troisième ville de France à Lyon, qui en compte un peu plus de 520 000. Mais quand le statut particulier de Paris, de Lyon et de Marseille a été instauré par la gauche en 1982, ça n’était pas le cas et, surtout, la loi répondait en réalité plus à des enjeux de pouvoir qu’à des considérations démographiques. Elle visait officieusement deux objectifs politiques : affaiblir le maire de Paris et président du Rassemblement pour la République (RPR), Jacques Chirac, et empêcher Jean-Claude Gaudin, de l’Union pour la démocratie française (UDF), de prendre Marseille. Lyon avait été ajoutée dans la réforme un peu pour masquer ces objectifs ; soit, comme le disait Alain Mayoud, député UDF du Rhône, « un trompe-l’œil destiné à occulter le caractère circonstanciel des opérations engagées ailleurs ».
Un score de 10 % au premier tour permet de se maintenir au second tour de l’élection municipale. A Paris, à Marseille et à Lyon, cette logique vaut-elle par arrondissement ? Ou, du moment qu’un candidat totalise 10 % en moyenne, peut-il se maintenir dans la totalité des arrondissements ?
Il faut garder en tête que l’élection du conseil municipal et celle du conseil d’arrondissement ne sont plus du tout liées. Si un parti a déposé une liste pour le conseil municipal central et qu’elle obtient plus de 10 % des suffrages exprimés au premier tour, il peut la maintenir au second tour de l’élection centrale : si le même parti a également déposé une liste dans un arrondissement et qu’elle y fait plus de 10 %, alors il pourra aussi s’y maintenir. Mais si ce parti politique fait plus de 10 % avec sa liste centrale, mais, disons, 8 % avec sa liste dans un arrondissement, il pourra se maintenir au niveau central mais pas dans cet arrondissement. La réciproque est vraie : si un parti fait plus de 10 % dans un arrondissement mais 8 % au niveau central, il pourra se maintenir dans l’arrondissement mais pas dans l’élection centrale. A noter qu’entre 5 % et 10 % (dans l’arrondissement comme au niveau central), un parti ne peut pas se maintenir mais peut fusionner sa ou ses listes avec un autre qui a fait plus de 10 %.











