A l’issue d’une campagne chaotique, les élections municipales se sont conclues dimanche 22 mars avec la fermeture des derniers bureaux de vote à 20 heures. S’il ne concernait que 4 % des communes (les autres avaient déjà élu un maire au premier tour), ce second tour était particulièrement scruté par les observateurs, en raison de possibles bascules dans de nombreuses grandes villes, et de la présence sur la ligne de départ de plusieurs personnalités politiques d’envergure nationale.
Voici un tour d’horizon des résultats dans une vingtaine de communes-clés.
A Paris, Emmanuel Grégoire (PS) l’emporte largement
Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche – Parti socialiste (PS), Parti communiste (PCF), Les Ecologistes –, remporte une large victoire face à Rachida Dati (Les Républicains, LR), avec plus de 50 % des voix.
L’élection parisienne était pourtant l’une des plus incertaines. Emmanuel Grégoire, dont la liste d’union de la gauche était arrivée en tête au premier tour, se trouvait engagé dans une triangulaire face à Rachida Dati – qui avait fusionné la sienne avec celle du candidat Pierre-Yves Bournazel (Horizons-Renaissance) – et la candidate de La France insoumise (LFI), Sophia Chikirou, qui s’était maintenue. Sarah Knafo, tête de liste Reconquête !, avait décidé de se désister à l’issue du premier tour malgré sa qualification de justesse.
A Marseille, le maire sortant (divers gauche) Benoît Payan est réélu
Le maire sortant (divers gauche) de Marseille, Benoît Payan, est largement réélu avec plus de 54 % des voix, contre 40,1 % pour Franck Allisio, le candidat du Rassemblement national (RN).
Dans la cité phocéenne, le scrutin s’annonçait serré. Benoît Payan (36 % au premier tour), était engagé dans une triangulaire face au candidat du RN, Franck Allisio (35 %), et la candidate divers droite, Martine Vassal (12 %). Sébastien Delogu, tête de liste de LFI, avait fait le choix de se désister dans l’entre-deux tours afin de faire barrage au Rassemblement national.
A Lyon, la victoire étroite du maire sortant Grégory Doucet (Les Ecologistes)
Le maire sortant de Lyon, Grégory Doucet (Les Ecologistes), l’emporte avec seulement quelque 3 000 voix de plus que son adversaire Jean-Michel Aulas. Celui-ci a dénoncé, dimanche soir, des « irrégularités » et dit déposer un recours.
A la tête d’une liste d’union de la gauche, M. Doucet avait déjoué les pronostics au premier tour, devançant de peu le candidat de la droite et du centre, Jean-Michel Aulas, ancien président de l’Olympique lyonnais reconverti dans la politique. Dès le lendemain, l’édile s’était entendu sur une « fusion technique » avec la candidate de LFI, Anaïs Belouassa-Cherifi, dont la liste avait obtenu 10,41 % des suffrages.
A Toulouse, Jean-Luc Moudenc (divers droite) l’emporte face à l’alliance LFI-PS
Dans la ville rose, le divers droite Jean-Luc Moudenc (ex-Les Républicains) conserve son fauteuil de maire grâce à une victoire relativement serrée face à l’union de la gauche (53,9 % cotre 46,1 %). L’« insoumis » François Piquemal, qui s’était allié au socialiste François Briançon dans l’entre-deux-tours, récolte moins de voix que la somme des deux listes de gauche au premier tour.
A Nice, Eric Ciotti largement élu
Eric Ciotti, chantre de l’« union des droites » et soutenu par le RN, remporte la mairie de Nice, face à son principal adversaire et maire sortant Christian Estrosi (LR-Horizons). La candidate de la gauche hors LFI, l’écologiste Juliette Chesnel-Le Roux, qui avait fait le choix de se maintenir, arrive en troisième position.
Dans la foulée des résultats, Christian Estrosi a annoncé se retirer de la vie politique.
A Nantes, la maire sortante Johanna Rolland (PS) réélue
La maire (PS) de Nantes, Johanna Rolland, a été réélue avec plus de 52 % des voix, contre son rival de LR, Foulques Chombart de Lauwe.
La maire et numéro deux du PS, qui briguait un troisième mandat à la tête de Nantes, avait fait le choix de fusionner sa liste avec celle de La France insoumise (LFI) menée par William Aucant pour le second tour.
A Montpellier, le sortant Michaël Delafosse (PS) réélu
Maire depuis 2020, le socialiste Michaël Delafosse a été largement réélu (50,1 % des voix) à la faveur d’une triangulaire avec l’« insoumise » Nathalie Oziol (25 %) et l’homme d’affaires Mohed Altrad, président du club de rugby de la ville (24,8 %).
A Strasbourg, Catherine Trautmann (PS) revient aux affaires
Déjà maire de la capitale alsacienne à la fin du XXe siècle, la socialiste fait son retour à l’hôtel de ville en récoltant 37 % des suffrages, battant assez largement la maire sortante écologiste Jeanne Barseghian (31,7 %) et le LR Jean-Philippe Vetter (31,3 %).
Mme Trautmann, ancienne ministre de la culture de Lionel Jospin (1997-2000), avait conclu pendant l’entre-deux-tours une alliance inattendue avec le candidat de centre-droit Pierre Jakubowicz (Horizons), qui semble s’être révélée payante, malgré les remous qu’elle a provoquée au PS.
A Bordeaux, le macroniste Thomas Cazenave déloge le maire sortant écologiste
Le député (Renaissance) de Gironde et ancien ministre chargé des comptes publics, Thomas Cazenave, ravit la mairie de Bordeaux à l’écologiste Pierre Hurmic.
Le désistement de Philippe Dessertine, candidat divers droite arrivé troisième au premier tour, avait rebattu les cartes dans la capitale girondine et donné un rôle de favori à M. Cazenave face à l’édile écologiste, soutenu par le PS le PCF, Génération·s, Nouvelle Donne et Place publique.
Bordeaux, que Pierre Hurmic avait conquise en 2020 après soixante-treize années de règne de la droite alliée au centre, rebascule.
A Lille, la victoire d’Arnaud Deslandes (PS), successeur de Martine Aubry
Nommé il y a un an maire de Lille après le départ de Martine Aubry, le socialiste Arnaud Deslandes a été élu face à la candidate LFI, Lahouaria Addouche.
Au premier tour, l’« insoumise » avait créé la surprise en talonnant le maire sortant dans ce fief du PS. Une alliance avait été scellée entre les socialistes et les écologistes dans l’entre-deux tours.
A Toulon, la sortante Josée Massi l’emporte face au RN
La candidate du RN, Laure Lavalette, est battue à Toulon, où elle était arrivée largement en tête à l’issue du premier tour, par son adversaire et maire sortante (divers droite), Josée Massi.
L’édile de la préfecture du Var avait refusé de miser sur un front républicain au second tour en fusionnant avec d’autres listes de gauche ou de droite.
Au Havre, la large victoire d’Edouard Philippe
A l’issue d’une triangulaire inédite depuis 1995, le maire sortant (Horizons) du Havre (Seine-Maritime), Edouard Philippe, est réélu avec 47,7 % des voix, devant le communiste Jean-Lecoq (41,2 %) et le candidat UDR-RN Franck Keller (11,1 %).
Par sa réélection à la tête de la ville qu’il dirige depuis 2010, l’ancien premier ministre voit sa voie s’éclaircir pour 2027. Il en avait fait une condition pour sa candidature à la présidentielle.
A Roubaix, la victoire de l’« insoumis » David Guiraud
Le député (LFI) du Nord David Guiraud a remporté l’élection municipale à Roubaix, l’une des villes pour lesquelles le mouvement de Jean-Luc Mélenchon nourrissait le plus d’ambition. C’est la première ville de 100 000 habitants qui sera dirigée par un « insoumis ».
Déjà arrivé très largement en tête au premier tour, David Guiraud s’est imposé sans difficulté au second, loin devant le sortant (divers droite), Alexandre Garcin, dans un scrutin marqué par une participation très faible (37,5 %).
A Pau, la défaite de François Bayrou
L’ancien premier ministre François Bayrou, maire de Pau depuis 2014, essuie une défaite dans son fief des Pyrénées-Atlantiques face à son principal opposant, Jérôme Marbot, soutenu par le PS, Place publique, le PCF et les Ecologistes. La candidate RN, Margaux Taillefer, termine loin derrière.
M. Marbot, avocat en droit public et droit de l’environnement de 50 ans, l’emporte avec seulement 344 voix d’avance sur le président du MoDem, 75 ans, pour qui cette défaite est un revers majeur, six mois après sa chute à l’Assemblée nationale et son départ de Matignon.
Nîmes bascule à gauche avec la victoire du communiste Vincent Bouget
A Nîmes, le député européen (RN) Julien Sanchez, en tête au premier tour, est battu par la liste d’union de la gauche hors LFI menée par Vincent Bouget (PCF). La ville, dirigée par LR, bascule donc à gauche.
Brest bascule à droite avec la victoire de Stéphane Roudaut
Stéphane Roudaut, le candidat divers droite, l’emporte à Brest, battant le maire sortant (PS), François Cuillandre, allié avec LFI, dans une ville gérée par la gauche depuis 1989.
Arrivé en deuxième position, derrière Stéphane Roudaut, au premier tour, François Cuillandre, qui rejetait toute alliance avec LFI, en avait finalement conclu une avec la tête de liste « insoumise », Cécile Beaudouin.
Clermont-Ferrand bascule à droite pour la première fois depuis un siècle
Tenue par la gauche depuis 1919, la préfecture du Puy-de-Dôme est conquise par le LR Julien Bony (50,9 %), avec une nette avance sur le maire sortant socialiste Olivier Bianchi (45,5 %), qui avait conclu un accord de « fusion technique » avec l’« insoumise » Maianne Maximi pendant l’entre-deux-tours.
A Limoges, la victoire de Guillaume Guérin (LR) face à l’alliance LFI-PS
Guillaume Guérin (LR) remporte la ville de Limoges, en Haute-Vienne. La fusion des listes PS et LFI n’aura pas suffi à la gauche pour reprendre la mairie dont elle détenait les clés jusqu’en 2014. Damien Maudet (LFI) arrive en seconde position, loin devant le candidat RN, Albin Freychet.
A Mulhouse, la victoire de la liste citoyenne de Frédéric Marquet
Le scrutin s’annonçait très ouvert à Mulhouse, première ville du Haut-Rhin, avec pas moins de douze listes au départ. A l’issue du premier tour, la maire sortante (divers droite), Michèle Lutz était engagée dans l’une des rares quinquangulaires du scrutin.
C’est finalement Frédéric Marquet, candidat indépendant classé au centre droit dont la liste citoyenne avait fusionné avec celle de Lara Million (Renaissance), qui l’emporte.
A Carcassonne, la large victoire du Rassemblement national
Le candidat (RN) Christophe Barthès remporte une large victoire à Carcassonne, face à une liste divers droite menée par François Mourad, ancien directeur de cabinet du maire sortant, ainsi qu’une liste d’union de la gauche menée par le patron du PS de l’Aude, Alix Soler-Alcaraz.
Le RN avait fait de Carcassonne, commune de 46 000 habitants célèbre pour sa citadelle classée au Patrimoine mondial de l’Unesco, un objectif prioritaire de ce scrutin. Le président du parti, Jordan Bardella, y avait fait son premier déplacement de campagne, début février.










