- Le Hamas a annoncé lundi la nomination d’un nouveau dirigeant, Khalil al-Hayya.
- Jusque-là principal négociateur du mouvement islamiste palestinien, le responsable a joué un rôle clé dans les pourparlers avec Israël, qui l’avait placé dans son viseur.
- Tandis que la mise en place du cessez-le-feu patine, le choix de son profil pourrait être crucial.
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Après des mois de direction collégiale, le Hamas a désormais un nouveau visage. Lundi 20 juillet, le mouvement islamiste palestinien a élu Khalil al-Hayya, son négociateur en chef, comme nouveau dirigeant. Il prend la « présidence du bureau politique »
, en remplacement de Yahya Sinouar, tué par l’armée israélienne en octobre 2024 (nouvelle fenêtre), en pleine guerre à Gaza. Une annonce marquante pour le groupe, largement décapité pendant le conflit.
Considéré comme l’une des figures modérées du mouvement islamiste, lui-même classé comme une organisation terroriste par de nombreux pays dont ceux de l’Union européenne, l’homme de 65 ans devrait prendre officiellement ses fonctions la semaine prochaine, ont déclaré plusieurs sources à l’AFP. Il participait déjà de fait à la gouvernance du mouvement, depuis l’exil, mais il a été « élu à une majorité écrasante »
pour en prendre complètement la tête, a déclaré à l’agence un haut responsable.
Plusieurs tentatives d’assassinat, famille décimée…
Cet ancien cadre des Frères musulmans, né en janvier 1960 à Gaza-ville, s’était retrouvé propulsé dans la lumière ces dernières années. C’est lui qui représentait le mouvement palestinien lors des pourparlers indirects avec Israël en vue d’un cessez-le-feu, décroché en octobre 2025 (nouvelle fenêtre). Ce qui ne l’a pas empêché d’être directement pris pour cible par l’État hébreu, au contraire : le 9 septembre 2025, lors d’un déplacement au Qatar, il réchappe à une tentative d’assassinat (nouvelle fenêtre) aux côtés de plusieurs autres responsables du Hamas. Mais l’un de ses fils et son directeur de bureau sont tués.
Ce n’est pas la première fois que l’homme, que les Palestiniens appellent Abou Ossama, manque de peu de mourir. Il avait déjà été visé par deux autres tentatives d’assassinat, en 2007 et 2014, et plusieurs autres membres de sa famille ont été tués, dont sa femme et deux autres fils. Ces pertes lui ont « valu une grande sympathie »
de la part de la population, a estimé auprès de l’AFP Yasser Abou Hein, analyste politique gazaoui, pour qui la frappe à Doha a même fait de lui « une icône et un symbole de la lutte palestinienne »
.
Khalil al-Hayya figure aussi parmi les fondateurs du Hamas, après avoir rejoint les Frères musulmans. Cet homme issu d’une famille conservatrice et religieuse, qui a suivi une formation islamique, participe à la création du mouvement en 1987. Une décennie plus tard, il est même enfermé trois ans dans les geôles israéliennes, pour appartenance au groupe islamiste. Son engagement s’accélère en 2006, lorsqu’il est élu député lors des dernières élections législatives palestiniennes tenues à ce jour. Puis en 2017, il grimpe encore les échelons pour devenir vice-président de la direction politique du Hamas pour la bande de Gaza, avant de succéder à Yahya Sinouar (nouvelle fenêtre), à l’époque chef local du mouvement.
Négociateur « pragmatique »… mais ferme face aux pressions
Tandis que son prédécesseur est considéré comme l’un des principaux architectes de l’attaque du 7 octobre 2023 contre Israël, Khalil al-Hayya incarne une ligne perçue comme moins radicale. Tout en restant un ultraconservateur proche de l’Iran, il s’agit d’un négociateur rôdé, qui « a la capacité de parler à différents acteurs »
, le décrit le quotidien libanais L’Orient-Le Jour
(nouvelle fenêtre). Un proche, également membre du Hamas, le décrit d’ailleurs auprès de l’AFP comme « conservateur et pragmatique »
.
Selon la même source, le responsable entretient ainsi des relations « privilégiées »
avec les pays arabes comme le Qatar, l’Égypte et l’Algérie. D’après d’autres sources au sein du Hamas, il continuera même à partager son temps entre le Qatar et la Turquie dans l’immédiat, une fois à son nouveau poste.
Pour autant, Khalil al-Hayya est loin d’incarner la ligne la plus modérée au sein du mouvement. Les partisans de son concurrent malheureux Khaled Mechaal, qui prétendait lui aussi à prendre la tête du bureau politique, appelaient à ne plus miser principalement sur la confrontation armée, en tirant les leçons de la guerre, selon la BBC (nouvelle fenêtre). Mais les partisans du négociateur en chef, eux, exhortaient à rester fermes face aux pressions, notamment sur la question du désarmement (nouvelle fenêtre), détaille le site britannique, qui évoque même un « fossé stratégique croissant au sein du Hamas quant à son avenir »
.
Dans une période où les plans d’après-guerre se mettent péniblement en place, le mouvement a annoncé la dissolution de son administration civile à Gaza au début du mois (nouvelle fenêtre), un geste interprété comme un pas politique par les experts. Mais il refuse toujours de déposer les armes avant un retrait des troupes israéliennes (nouvelle fenêtre) et la mise en place d’une gouvernance palestinienne, tandis qu’Israël exige qu’il se débarrasse de son arsenal. Dans ce contexte tendu, il pourrait avoir misé sur le profil de Khalil al-Hayya pour continuer à faire entendre sa voix dans ces pourparlers, et maintenir le bras de fer avec l’État hébreu.
Pendant ce temps, sur le terrain, les besoins humanitaires restent immenses et les attaques israéliennes se poursuivent malgré le cessez-le-feu. Elles se sont même intensifiées ces dernières semaines, selon l’ONU. « Les violations, les souffrances et la misère qui continuent d’être infligées aux Palestiniens à Gaza ne peuvent être ignorées »
, s’est indignée ce mardi la porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, Thameen Al-Kheeta.

