- La SNCF a lancé le 8 janvier sa nouvelle classe affaires Optimum accessible « à partir de 12 ans » sur toutes ses liaisons à grande vitesse.
- Plusieurs voix se sont élevées contre cette exclusion des jeunes voyageurs.
- Parmi elles, la députée Liot du Loiret, Constance de Pélichy, qui a déposé ce mardi 27 janvier une proposition de loi contre les espaces « sans enfants ».
Les enfants sont-ils toujours les bienvenus dans les trains ? Depuis que la SNCF a lancé le 8 janvier sa nouvelle classe affaires Optimum qui interdit désormais l’accès aux enfants de moins de 12 ans durant la semaine, les critiques ne cessent de pleuvoir, en particulier des politiques de tous bords. Selon la députée Liot du Loiret, Constance de Pélichy, présidente d’une mission d’information sur la natalité, « le phénomène
‘no kids’ est en totale contradiction avec les enjeux démographiques, sociaux et sociétaux auxquels notre pays est confronté »
. En réaction, cette parlementaire a déposé ce mardi 27 janvier une proposition de loi contre les espaces « sans enfants », de plus en plus nombreux, selon elle.
On bascule dans une société qui part du principe qu’un enfant va nécessairement être un perturbateur.
On bascule dans une société qui part du principe qu’un enfant va nécessairement être un perturbateur.
Constance de Pélichy, députée Liot du Loiret
Une ligne rouge a-t-elle été franchie après la décison de la SNCF de céder à son tour au « no kids » dans ses liaisons à grande vitesse ?
Je ne sais pas si on parle de ligne rouge, mais c’est le révélateur, à mon sens, d’un sujet de société. Quel est notre avenir quand on ne tolère même plus ses propres enfants ? C’est ça le sujet qui est posé à travers la polémique autour de la SNCF. C’est d’autant plus visible que la SNCF est un grand service public. Mais le sujet, c’est bien qu’on bascule dans une société qui part du principe qu’un enfant va nécessairement être un perturbateur, qu’un enfant est forcément gênant. Ça témoigne quand même d’un regard très dur qu’on porte sur eux. Et si on les exclut des espaces accessibles au public, on en exclut aussi les familles. Sans vouloir basculer dans les enjeux de natalité, c’est déjà avant tout un enjeu de cohabitation. Ça veut dire que l’enfant, par définition, est discriminé parce qu’il serait un peu bruyant. Mais est-ce qu’à l’hôtel, c’est le bébé qui pleure au milieu de la nuit qui réveille, ou est-ce que c’est le groupe de personnes avinées qui monte dans sa chambre à 3 heures du matin ?
L’enfant doit être accueilli dans tous les espaces publics et commerciaux sans discrimination.
L’enfant doit être accueilli dans tous les espaces publics et commerciaux sans discrimination.
Constance de Pélichy, députée Liot du Loiret
Concrètement, que prévoit votre proposition de loi déposée ce mardi 27 janvier ?
Ce texte vise à modifier l’article 225-1 du Code pénal en y instaurant la notion de discrimination. Il rappelle que l’enfant doit être accueilli dans tous les espaces publics et commerciaux sans discrimination. Que la question de la minorité ne peut en aucun cas justifier l’absence d’un enfant à un wagon, à un hôtel, à un restaurant ou autre, sauf pour des raisons de sécurité. On imagine bien, par exemple, que dans certains parcs d’attractions, une taille minimum est nécessaire. Et donc là, il y a une discrimination pour des raisons de sécurité. Mais l’âge, la minorité, ne peut jamais fonder un refus d’accès à un espace public. Il y a par ailleurs un deuxième article où on demande au gouvernement de fournir de manière annuelle un rapport sur l’avancée de la prise en compte de l’enfant dans les espaces ouverts au public. Parce qu’on se rend compte que globalement, en fait, l’enfant est invisibilisé de l’espace public. C’est à dire qu’aujourd’hui, vous n’avez plus d’enfants qui jouent dans la rue. Vous avez des aires de jeux pour enfants et en dehors de ces espaces verts de jeux pour enfants, il n’y a plus d’espaces accessibles aux enfants.
Vous souhaitez donc que cette proposition de loi soit applicable contre tous les espaces « sans enfants », pas seulement les trains ?
En effet, il ne faut plus qu’on ait d’offres d’hôtels ou de restaurants « no kids ». On rappelle que l’enfant est un être humain comme les autres. Il a le droit au même respect que tout le monde. Après, on peut tout à fait chercher à avoir un label « Relais du silence », par exemple. Moi, si je viens avec mes deux enfants de 2 et 4 ans, je ne vais pas louer une chambre dans un « Relais du silence », il y a des questions de logique. Si je vois à côté qu’il y a une offre qui est adaptée aux familles, je vais privilégier celle-ci. Mais est-ce qu’on est obligé de s’interdire les espaces ?
Espérez-vous un coup de pouce du gouvernement pour légiférer en ce sens ?
J’aimerais bien que le gouvernement y porte une attention particulière. J’ai transmis mon texte à plusieurs ministres qui l’ont bien reçu. On a continué les discussions dans ce sens et la proposition prend une dynamique transpartisane avec une trentaine d’élus de LR jusqu’au PS ou aux Verts qui ont cosigné à ce jour la proposition qu’on a ouverte à cosignature mardi soir. J’espère qu’elle fera partie de ces propositions de loi qui seront amenées à s’appliquer. Il faut que globalement ça provoque aussi, je l’espère, une prise de conscience. Si on ne tolère plus nos enfants, nous n’avons plus aucun avenir.










