LA LISTE DE LA MATINALE
Cette semaine, « Le Monde des livres » vous conseille la lecture d’un essai lumineux de l’historien et géographe Sylvain Kahn, qui érige l’Union européenne en Etat – enfin ! ; d’un roman de 1922, Ma petite Yvette, d’André Dumas, un émouvant récit qui méritait bien d’être réédité après des décennies d’oubli ; du livre d’entretiens d’Alain Finkielkraut avec Vincent Trémolet de Villers, qui laisse percevoir un homme différent de celui que l’on connaît ; du nouveau roman de l’Italien Sandro Veronesi, Septembre noir, histoire d’une désillusion fondatrice remontant à l’été 1972 ; du recueil de nouvelles d’une Hawaïenne, Megan Kamalei Kakimoto, qui mêle folklore fantastique et critique sociale dans une étonnante peinture de la vie d’une femme à Hawaï.
ESSAI. « L’Europe : un Etat qui s’ignore », de Sylvain Kahn
Si vous doutez encore des bienfaits du savoir académique en période de crise, précipitez-vous sur le nouvel essai de Sylvain Kahn : il devrait achever de vous convaincre. C’est même un cas limite à cet égard, tant le décalage paraît grand au départ entre, d’un côté, la minutie de l’analyse et, de l’autre, l’urgence des questions qu’il s’agit d’éclairer.
L’enjeu, c’est la notion d’« étaticité » – l’ensemble des traits permettant de désigner une entité politique comme Etat –, mot balourd, qui offre néanmoins l’avantage de ramasser l’ensemble des débats sur la nature de l’Union européenne (UE). Car, si elle est progressivement devenue une structure de type étatique, en endossant des prérogatives déléguées par les Etats membres, ce partage de souveraineté ne constitue pas un Etat spontanément identifiable, pour la simple raison qu’il ne ressemble pas au modèle aujourd’hui dominant : l’Etat-nation.
Or, durant des siècles, le continent a vu se multiplier les expériences étatiques les plus diverses. Pourquoi donner une dignité supérieure à une seule d’entre elles ? Tout le prix de L’Europe : un Etat qui s’ignore tient à cette intuition, qui aboutit à la vision d’un découpage « baroque », où l’UE ne coïncide avec aucune de ces formes étatiques, qui la façonnent pourtant, en l’aidant à inventer une étaticité nouvelle.
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