- Le phénomène des rodéos sauvages a gagné la campagne.
- Sans police municipale, les communes rurales sont démunies pour les empêcher.
- Policiers et gendarmes traquent les motards avec difficulté, a constaté le 20H de TF1.
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L’inquiétant phénomène des rodéos urbains
L’opération démarre juste avant la tombée de la nuit. À moto et en voiture banalisée pour rester discrets, les gendarmes guettent les bruits de moteurs. « On va ouvrir les fenêtres pour les entendre »
, annonce le chef d’escadron de gendarmerie Arthur Cholet, dans la voiture où a pris place notre équipe. Rapidement, des motocross sont aperçues à pleine vitesse par un militaire à moto, près de Jaulzy (Oise). « On a trois motocross qui longent la berge direction Cuise-la-Motte »
, entend-on à la radio. Une course s’engage pour les suivre, il pourrait s’agir d’un rodéo. « On fait en sorte de les devancer sur des points de passage qui nous semblent être des points de passage possibles »
, explique le chef d’escadron au micro de TF1.
« On sent l’odeur du deux-temps »
« On les suit, on a des pneus, on les suit depuis Trosly. On sent l’odeur du deux-temps »
, lui annonce un motard de la brigade motorisée quand il les rejoint. L’odeur de l’essence est dans l’air, et le sol porte les marques de leur passage, ils sont tout près. « On les a loupés de 10 secondes »
, estime Arthur Cholet. Une dizaine de gendarmes est positionnée autour de la route nationale, mais après 2h30 de traque, le petit groupe à moto s’est évaporé.
Des rodéos effectués par des locaux
Pendant les vacances, les rodéos sont plus nombreux. Ils sont souvent filmés, puis postés sur les réseaux sociaux. Les motards effectuent des figures acrobatiques au milieu des villages, seuls ou à plusieurs, zigzaguent de longues minutes sur une roue, malgré les risques. Il y a quelques jours, dans le village de Jaulzy, 850 habitants, les gendarmes ont interpellé un homme en plein rodéo, sur la piste cyclable. « Pas de casque, pas de plaque. Lui, il circulait sur la voie publique, aux abords des écoles, il faisait des roues arrière »
, rapporte Damien Coiret, de la brigade motorisée de Compiègne.
Et ce n’est pas le seul cette année. Rien que dans l’Oise, les gendarmes ont saisi 23 engins au total, avec souvent 2 jeunes conducteurs, entre 18 et 30 ans. « On est ici face à des délinquants qui sont installés à la campagne, qui habitent, qui ont leur moto stockée sur place, dans des garages, et donc ils vont aller commettre ces rodéos à proximité des lieux dans lesquels ils peuvent ensuite aller garer à nouveau leur moto »
, résume le chef d’escadron Cholet.
« Ils nous envoient balader »
D’où la difficulté de les interpeller. Des conduites illégales, sur les routes forestières, mais aussi à deux pas des maisons. Pour les habitants, c’est le ras-le-bol. « On a peur pour les enfants, pour n’importe quoi, je veux dire, ce n’est pas agréabl
e », réagit une dame au micro de TF1. « Ils ne font attention à rien du tout, et on peut les interpeller et leur dire de rouler moins vite, ils nous envoient balader, c’est des insultes, et puis ils continuent leur chemin »
, confirme une autre.
Comment dissuader les auteurs de rodéos ? À 7 kilomètres de là, à Trosly-Breuil, deux élus de la mairie racontent leur impuissance face aux provocations. « Dernièrement, c’est une moto bleue qui est passée. Devant nous, ils accélèrent »
, soupire Pascal Pilet, l’adjoint au maire (SE). Ici, aucune police municipale, et pas assez de moyens, pour lutter, selon eux. « On est très démunis. L’élu, malheureusement, ce n’est que l’élu, et on n’a pas tous les pouvoirs. Et puis nous, on n’est pas gendarmes »
, explique Pascal Pilet.
Voilà pourquoi, il y a six mois, la mairie s’est équipée d’un système de vidéoprotection. 80.000 euros de budget pour 18 caméras, financées en partie par le département. Toutes sont reliées à un centre de supervision situé à Beauvais. 24 heures sur 24, des opérateurs scrutent les images de presque 200 communes de l’Oise. « On voit un quad qui est sur un terrain de jeu, ce qui est totalement interdit »
, montre l’un d’eux. L’objectif, détecter à distance ces conduites illégales, dans des villages bien moins surveillés que les grandes villes. « Ce sont des phénomènes qui touchent les villes, mais qui ont tendance à se déplacer vers des endroits moins bien sécurisés. C’est tout l’intérêt d’avoir un centre de supervision départemental pour permettre de le dissuader »
, indique Pierre Marcheux, son directeur. Mais aussi et surtout, interpeller le plus rapidement possible les auteurs de rodéos. Dans l’Oise, policiers et gendarmes en ont arrêté une cinquantaine cette année.











