- En dix ans, le nombre de dermatologues a chuté de 8%.
- Résultat, les délais d’attente pour obtenir une consultation varient de trois à neuf mois, selon les départements.
- Une équipe de TF1 se penche sur les raisons de cette pénurie.
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Le 13H
Que ce soit par téléphone ou sur Internet, Guénaëlle Gaudré a tenté des dizaines de fois de trouver un créneau chez un dermatologue. En vain. « Il n’y a pas de rendez-vous possibles. S’ils me proposaient un rendez-vous dans un an ou dans deux ans, je le prendrais bien sûr. Ça fait des années que je cherche dans le Nord, et finalement j’ai fini par laisser tomber »
, témoigne-t-elle dans le reportage du JT de TF1 ci-dessus. À 48 ans, elle n’a jamais fait contrôler ses grains de beauté et souhaiterait un avis médical. « C’est simplement pour une prévention. Je connais au moins deux femmes de mon âge qui ont eu un cancer de la peau à partir d’un grain de beauté, donc je me suis dit que c’était bien que je fasse vérifier »,
ajoute-t-elle.
Il faut aujourd’hui entre trois et neuf mois pour décrocher un rendez-vous, car les spécialistes de la peau sont de moins en moins nombreux. Ils sont 3.735 dans toute la France, soit 400 de moins qu’il y a dix ans. Julie de Labarthe, dermatologue à Lille, reçoit 25 patients par jour et soigne en priorité ceux qui présentent une maladie de peau avérée. « On ne peut plus voir tous les gens qui ont envie d’être vus comme ça, de tout venant. Les journées sont serrées, on a une petite pause le midi, on commence tôt, on essaye de ne pas finir trop tard parce que le soir aussi, il y a les gens à rappeler, les résultats à obtenir »,
explique-t-elle face à notre caméra.
Nous sommes confrontés à un nombre de demandes de consultations en inadéquation avec les ressources médicales du service.
Nous sommes confrontés à un nombre de demandes de consultations en inadéquation avec les ressources médicales du service.
Le CHU de Lille dans un courrier
Son planning est complet sur plusieurs mois et ses rares disponibilités sont prises d’assaut. « Quand on ouvre un créneau, honnêtement, c’est pris dans la demi-heure, même les créneaux qui ouvrent tôt le matin »,
assure-t-elle. Face aux nombreuses sollicitations, même le CHU de Lille a indiqué dans un courrier ne plus pouvoir assurer de rendez-vous préventifs. « Nous sommes confrontés à un nombre de demandes de consultations en inadéquation avec les ressources médicales du service »
, peut-on lire cette lettre adressée aux professionnels que montre notre reportage.
Un nombre de places limité en dermatologie
Cette pénurie s’explique par des départs en retraite non renouvelés. D’autre part, depuis les années 80, dans les universités de médecine, des quotas limitent le nombre de places disponibles en dermatologie. « Nous réclamons tous les ans une augmentation du nombre de postes de dermatologues, mais c’est vraiment très difficile à obtenir. Pour avoir 300 places de dermatologues, il faut former 300 étudiants en plus, mais actuellement, les places dans les universités sont limitées et les places de stages dans les hôpitaux sont limitées. Donc on ne peut pas former un nombre infini d’étudiants »
, souligne auprès de TF1 Florence Durand, dermatologue dans le Nord-Pas-de-Calais.
Pour soulager les spécialistes, depuis trois ans, des médecins généralistes sont donc formés pour repérer des grains de beauté irréguliers, asymétriques ou non homogènes. « On a besoin de pouvoir rassurer les patients rapidement, de ne pas leur dire :
‘vous irez contrôler ça dans six mois avec un dermatologue’. Et aussi de faire du suivi parce que le but n’est pas seulement de rassurer les patients, c’est également de dépister de façon précoce des lésions qui pourraient être malignes »,
indique Guillaume Braconnier, médecin généraliste. En cas de doute, une photo est envoyée à un dermatologue, qui renverra un avis dans les 48 heures.









