- Les lockers, ces casiers de livraisons où sont stockés colis et autres paquets, servent désormais aussi aux trafiquants.
- Au début de l’été, l’un d’eux y a même déposé des armes.
- Regardez cette enquête du 20H de TF1.
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Le 20H
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C’est un lieu de fouille plutôt inhabituel pour ce chien de la brigade des stupéfiants : des casiers de livraison. « Il cherche le cannabis, tous les dérivés de l’héroïne, la cocaïne, les amphétamines
« , commente la policière qui l’accompagne. Au bout de quelques secondes seulement, l’animal s’arrête. « Il y a un marquage ici
« , poursuit la membre des forces de l’ordre, selon qui cela montre « qu’il peut y avoir du stup ou qu’il y en a déjà eu : il faudra vérifier ce casier
« . Mais pas pour le moment, car les policiers ont un autre objectif, démanteler un potentiel réseau. « Ce qu’on va mettre en place, c’est une surveillance de ces lockers
, indique Thierry Guiguet Doron, directeur interdépartemental de la police nationale dans le Loiret, dans le reportage du 20H de TF1 visible en tête de cet article. Une saisie sèche, pour nous, ça n’a pas un grand intérêt. Bon, ça enlèvera un peu de produits, mais malheureusement, il y en a tellement…
»
C’est justement une surveillance qui a permis à ces policiers d’Orléans de faire tomber récemment un réseau international. Dans l’un de ces casiers, ils ont découvert 3,5 kg de cannabis. L’infime partie d’un vaste trafic. « On remonte aussi avec d’autres colis, parce qu’évidemment, on a trouvé d’autres colis chez eux
, précise Thierry Guiguet Doron. Ça nous permet d’établir qu’il y a un trafic assez régulier, et d’avoir après une condamnation dans la procédure. C’est toujours pareil, si c’est que de l’usage personnel, la condamnation sera faible, ça va être une amende. Si on établit un trafic, là, la condamnation peut aller à un an, deux ans, trois ans de prison ferme, plus si le trafic est très important
« .
Les casiers automatiques sont devenus des points relais du trafic de drogue. Dans les récentes affaires, on observe toujours la même méthode. La marchandise est envoyée depuis l’Espagne ou le Maroc. Les colis sont ensuite acheminés en France dans des casiers, sous de fausses identités, puis vendus partout sur le territoire. En juin, des trafiquants ont même livré des armes via des lockers, depuis une petite commune près de Pau. Des endroits ruraux, discrets. Dans une autre affaire, une femme a été condamnée à trois ans de prison. Elle recevait dans les lockers de son petit village la marchandise qu’elle revendait dans toute la France.
Aucune pièce d’identité nécessaire pour récupérer un colis
A Strasbourg, il y a quelques mois, un habitant a eu une étrange surprise dans son casier : venu récupérer sa commande, il a découvert non pas une paire de baskets, mais un kilo de cannabis. « Ça me ferait bizarre d’ouvrir un casier, de tomber sur un paquet de cocaïne ou je ne sais pas quoi
« , réagit un habitant face à notre caméra. Ce colis était en réalité destiné à un trafiquant de drogue, Léo, 30 ans, la petite main d’un vaste réseau de stupéfiants.
Sur des images de caméras de surveillance que montre notre reportage, on le voit récupérer des colis remplis de drogue. Aucune pièce d’identité nécessaire, ses patrons lui indiquaient simplement où aller récupérer la marchandise : « Je t’envoie aujourd’hui dans 5 points lockers, il y aura un mixte de 10 kilos
« , disait par exemple l’un de leurs messages. Ces casiers, installés partout dans Strasbourg, ont permis au réseau de revendre jusqu’à 500.000 euros de drogue. L’homme a été condamné à deux ans de prison.
Selon son avocat, cette méthode de livraison est de plus en plus prisée par les têtes de réseau pour limiter les risques. « On fractionne les rôles pour éviter que l’interpellation de l’un ou de l’autre puisse mener à des investigations plus poussées
, explique maître Thomas Steinmetz, du barreau de Strasbourg. Deuxième intérêt qui est non négligeable, c’est en termes de pertes. Si vous envoyez une voiture ou un camion plein à craquer de produits stupéfiants et qui se fait saisir, vous avez une grosse perte économique. Là, même s’il y a une erreur dans l’aiguillage ou un colis qui est perdu, vous avez perdu des quantités qui ne sont pas très importantes
« .
Les entreprises de ces casiers ne sont pas légalement tenues responsables de ce qu’elles transportent. L’une d’elles, Mondial Relay, déclare auprès de TF1 : « Lorsqu’une situation suspecte est identifiée, des équipes spécialisées sont immédiatement mobilisées et agissent en coordination avec les autorités compétentes
« . Face à cette nouvelle technique des dealers, l’Etat pourrait-il imposer un contrôle d’identité systématique pour retirer les colis ? Le trafic de stupéfiants est puni d’une peine allant jusqu’à 20 ans de prison.
La rédaction de TF1info | Reportage : Jeanne QUANCARD, Théodore DONGUY, Noé CHARLES-MESSANCE