- En pleine brouille avec le Quai d’Orsay au sujet de la politique française de lutte contre l’antisémitisme, l’ambassadeur américain en France était l’invité de LCI ce jeudi.
- Il est également revenu sur la volonté de Paris de reconnaître un État palestinien en septembre, une « mauvaise idée » selon lui.
- Pour le diplomate, le Hamas profite de cette initiative et la solution à deux États reste « une illusion ».
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La France va reconnaître l’État de Palestine
La position française sur la guerre au Proche-Orient continue de crisper outre-Atlantique. Invité sur LCI ce jeudi 28 août, l’ambassadeur américain en France Charles Kushner (nouvelle fenêtre) a accusé la France de « renforcer le Hamas »
en annonçant son choix de reconnaître l’État palestinien en septembre (nouvelle fenêtre). Le diplomate, déjà au cœur d’une crise avec le Quai d’Orsay, affirme aussi que Paris s’immisce dans la politique israélienne.
Le diplomate, père du gendre du président Donald Trump, Jared Kushner, s’est attiré ces derniers jours les foudres du Quai d’Orsay après avoir reproché dans une lettre adressée au président Emmanuel Macron une « absence d’action suffisante »
contre l’antisémitisme (nouvelle fenêtre). Convoqué par le ministère lundi, il ne s’y est pas rendu et a envoyé son chargé d’affaires à sa place (nouvelle fenêtre). Lors d’un entretien sur LCI depuis les locaux de l’ambassade américaine à Paris, il a maintenu ses critiques, estimant que « l’antisémitisme est terrible »
dans le pays (nouvelle fenêtre), mais il est aussi revenu sur la position française sur la guerre qui fait rage à Gaza.
Une initiative de « ressentiment » contre Israël, accuse le diplomate
Sa lettre s’inscrivait d’ailleurs dans le sillage d’une autre missive, envoyée par le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou au chef d’État français, dans laquelle il lui reproche d’« alimenter le feu antisémite »
(nouvelle fenêtre) en voulant reconnaître l’État de Palestine. Emmanuel Macron a confirmé fin juillet sa volonté de le faire lors d’une conférence des Nations Unies en septembre, un choix rapidement décrié par Washington, principal allié d’Israël. « Une mauvaise idée, vouée à l’échec »
, a appuyé sur LCI Charles Kushner.
Pour lui, « la France renforce le Hamas en agissant ainsi »
. « Évidemment, il faut arrêter
le massacre des enfants palestiniens
(nouvelle fenêtre), il pourrait s’arrêter aujourd’hui. (…) Le Hamas doit seulement déposer les armes et libérer les otages »
, a-t-il exhorté. Mais défendre une solution à deux États, comme le fait Paris (nouvelle fenêtre), mène à « éloigner de la table des négociations »
le mouvement islamiste palestinien, a-t-il estimé.
De manière générale, « cette solution est une illusion »
, a encore cinglé le diplomate. « Où est-ce que l’État (palestinien) va se situer ? Personne n’a la réponse. Qui va être le dirigeant ? »
, s’est-il notamment interrogé. « Pour moi, cette reconnaissance, c’est davantage le ressentiment d’un pays qui dit : ‘J
e ne suis pas heureux d’Israël’, qu’une volonté de faire quelque chose de pro-actif »
, a-t-il aussi accusé.
Une solution à deux États « pourrait miner la survie » d’Israël
Avant de revenir avec une pointe d’ironie sur les accusations d’ingérence portées contre lui par le gouvernement français, après la lettre qui a mis le feu aux poudres avec le Quai d’Orsay, et qui seraient d’après lui illégitimes. « N’est-ce pas de l’hypocrisie, quand on voit que la France présente
une solution à deux États
(nouvelle fenêtre), qui pourrait miner la survie du pays qui est touché ? Ils ne s’impliquent pas dans la politique d’Israël ?
, a-t-il lancé. Quand je suis accusé de m’impliquer dans la politique interne de la France, ce n’est pas mon intention, mais c’est ce que fait la France elle-même. »
Charles Kushner a estimé plus largement que « le focus devrait être (porté) sur la population qui a agressé, qui a enlevé des otages, qui a assassiné énormément de monde »
, renvoyant à l’attaque du 7 octobre 2023 (nouvelle fenêtre), perpétrée par le Hamas contre l’État hébreu. « Israël n’est pas heureux de voir la tragédie des Palestiniens, c’est une tragédie »
, a-t-il aussi martelé.
Peu après l’annonce d’Emmanuel Macron fin juillet, le secrétaire d’État américain Marco Rubio avait déjà estimé que la reconnaissance de l’État palestinien « ne sert que la propagande du Hamas »
, tandis que le Quai d’Orsay avait assuré au contraire qu’elle « donne tort »
au mouvement islamiste. Donald Trump avait lui minimisé l’initiative, assurant qu’elle « ne changera rien »
. Depuis l’annonce française, une dizaine de pays ont pourtant décidé de s’inscrire dans les pas de Paris, dont le Canada et le Royaume-Uni.