Début 1993, la présidence Clinton publiait Technology for America’s Economic Growth [« la technologie au service de la croissance économique américaine »], document qui traçait – pour deux mandats, avec, donc, le XXIe siècle comme horizon – un plan ambitieux pour un développement numérique centré sur Internet. Il entérinait les opportunités de technologies devenues matures et le dividende de la chute de l’empire soviétique. La plupart des mesures ont été mises en œuvre : connexion à très court terme des universités et des lycées, vaste commande publique pour des infrastructures à travers le pays, transition des budgets et des laboratoires militaires vers des applications mixtes… Cette politique fédérale a construit l’environnement qui a fait des Etats-Unis le leader mondial de l’Internet.
Au milieu du maelstrom d’executive orders (décrets présidentiels) de Donald Trump, ses conseillers économiques viennent de publier un document du même ordre, Artificial Intelligence and the Great Divergence [« l’intelligence artificielle et la grande divergence »]. Il permet de cerner la cohérence d’une politique centrée sur l’intelligence artificielle (IA).
Ce document se veut prudent. Après s’être demandé si l’IA est porteuse d’une « grande divergence » entre les pays participant à cette révolution et les autres, il rappelle qu’il n’y a pas de proche perspective d’une IA globale. Quant aux IA spécialisées, les rares travaux disponibles montrent l’ampleur des incertitudes de leur impact sur le produit intérieur brut. L’objectif n’est donc pas tant d’assurer la prospérité que la dominance américaine face à ses concurrents. Les économistes de Trump en identifient plusieurs : la Chine, qui développe autant de modèles avancés d’IA générative que les Etats-Unis ; puis, loin derrière mais quand même menaçants, le Royaume-Uni et la France. Eh oui, n’en déplaise aux déclinistes, la France s’appuie sur son excellence reconnue en mathématiques et en informatique théorique.
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