- En 1936, les compagnies ferroviaires mettaient en vente 600.000 billets de train à des prix imbattables — le trajet en faisait déjà partie des vacances, autant que la mer elle-même.
- Après trente ans de charters, d’autoroutes et de vols low-cost, 76% des Français se disent aujourd’hui attirés par le slow tourisme. On ne veut plus partir loin et vite, mais partir près, lentement, vraiment.
- Ce retour au temps long des vacances n’est pas une nostalgie, c’est une réponse nouvelle à la saturation des mobilités et à une question que 1936 avait posée sans la résoudre : à quoi sert vraiment le temps libre ?
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1936-2026 : 90 ans de congés payés
En 1936, quand les compagnies ferroviaires mettent en vente leurs premiers billets populaires avec jusqu’à 40% de réduction et demi-tarif pour les enfants, le train n’est pas seulement un moyen d’aller quelque part, il est une expérience en soi. Les ouvriers qui montent pour la première fois dans un wagon vers la mer ne vivent pas le trajet comme une contrainte à abréger, ils le vivent comme la preuve que quelque chose a changé, que le temps leur appartient enfin. Ce rapport généreux au trajet, habité, dilaté, sans destination à maximiser, va se perdre progressivement avec l’accélération des décennies suivantes. Le TGV, mis en service sur la ligne Paris-Lyon en 1981, cristallise ce paradoxe, en comprimant le trajet, il installe l’idée que voyager, c’est surtout ne pas perdre de temps. Entre-temps ou après sont venus les autoroutes, les charters, les vols à bas coût. Partir loin, arriver vite, multiplier les destinations.
Le train revient, le temps se dilate
Ce modèle montre aujourd’hui ses limites. Le tourisme génère en France environ 97 millions de tonnes de CO2 par an, dont les deux tiers liés aux seuls transports. Cette réalité climatique donne une légitimité nouvelle au voyage en train de nuit, à l’itinéraire à vélo le long des canaux, au séjour de trois semaines dans un même village, plutôt que quatre destinations en dix jours. Le trajet ne précède plus les vacances, il en devient la matière première. Selon une étude Booking, 39% des voyageurs français partent désormais pour se sentir plus proches de la nature. Le vocabulaire institutionnel lui-même a changé, on parle de mobilités douces, de déconnexion, de tourisme de proximité. Le slow travel a cessé d’être une fantaisie marginale pour devenir un fait de société documenté.
Sobriété choisie ou luxe déguisé ?
Le mouvement n’échappe pas à une tension que ses partisans reconnaissent volontiers. Partir lentement, prendre son temps, s’offrir un séjour long dans un lieu unique, c’est aussi ce que font ceux qui peuvent se le permettre. Le slow travel risque de reproduire, sous couvert d’écologie et d’authenticité, une nouvelle forme de distinction sociale.









