Livre. Dans les deux ou trois décennies qui ont suivi la Nakba (« catastrophe » en arabe), leur expulsion au moment de la création de l’Etat d’Israël, en 1948, les Palestiniens, en plus d’avoir perdu leur patrie, ont perdu leur voix. Dans un monde occidental acquis, en grande majorité, au récit sioniste, l’histoire de leur dépossession était inaudible. C’est seulement dans les années 1970 que les Palestiniens ont commencé à reconquérir ce que leur compatriote Edward Saïd (1935-2003), l’auteur de L’Orientalisme (Seuil, 1980), appelle « la permission de raconter ».
A cet égard, la sortie en France de l’ouvrage de l’historien palestino-américain Rashid Khalidi, Cent ans de guerre contre la Palestine. Une histoire de colonisation et de résistance (Actes Sud, 432 pages, 24,80 euros) constitue une forme d’accomplissement. Dans un style accessible, agrémenté de souvenirs personnels, le professeur de l’université Columbia de New York, issu d’une famille patricienne de Jérusalem, offre une relecture stimulante du siècle palestinien.
A rebours des discours sur le conflit israélo-palestinien, décrit comme un affrontement atavique entre juifs et arabes ou comme le combat de deux nationalismes pour une même terre, Rashid Khalidi insiste sur la dimension coloniale de cette histoire, sous-estimée, selon lui. A ses yeux, les événements survenus depuis le début du XXe siècle dans cette région « sont principalement le fruit d’une guerre, livrée en plusieurs étapes, contre la population autochtone palestinienne ».
Soif d’émancipation
Le récit s’ouvre sur la lettre de Yusuf Diya Al-Khalidi (1842 – 1906), lointain aïeul de l’auteur et maire de Jérusalem, à Theodor Herzl (1860-1904), le théoricien du sionisme, dans laquelle l’édile, en 1899, déclare qu’« il serait pure folie » de vouloir bâtir un Etat juif souverain dans un pays « habité par d’autres ». L’auteur passe ensuite en revue les grandes étapes de la « guerre contre la Palestine » : la déclaration Balfour de 1917, la Nakba, la guerre de 1967, l’invasion du Liban de 1982 et la répression des deux Intifadas. Autant de tentatives d’effacement des Palestiniens, dans l’espoir de résoudre la contradiction inhérente au sionisme. L’ouvrage se clôt sur l’écrasement de la bande de Gaza, nouvelle incarnation de ce que l’historien appelle « la propension israélienne à vouloir vider la Palestine de ses habitants ».
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