Livre. Et si nous étions tous mal informés sur la biodiversité ? Le biologiste et professeur au Muséum national d’histoire naturelle Marc-André Selosse réussit un tour de force dans son très court ouvrage De la biodiversité comme un humanisme (Seuil, 96 pages, 6,90 euros). Il parvient à nous faire réfléchir et changer de perspective sur un mot qui circule dans le débat public, mais qui est parfois mal employé, souvent mal compris.
D’abord, il dresse un implacable constat : l’effondrement de la biodiversité occupe une place marginale dans les médias et dans les débats politiques. Et pourtant, elle est au cœur de nos vies, sans que nous en ayons toujours conscience. « La biodiversité devrait pourtant préoccuper les citoyens et leurs représentants : elle est un outil au service de notre qualité de vie et, à l’avenir, de notre survie », écrit Marc-André Selosse.
Spécialiste des sols et de la mystérieuse vie souterraine, Marc-André Selosse se livre à un exercice de pédagogie nécessaire : en quelques pages accessibles, il explique en quoi consiste la biodiversité, « patrimoine de milliards d’années d’évolution ». Et rappelle ainsi l’immense continent invisible que représentent les microbes, les champignons, les paysages. « La biodiversité est largement invisible et ordinaire », précise-t-il, invitant le lecteur à ne pas se focaliser sur des espèces en voie de disparition emblématiques, mais plutôt à regarder l’ensemble des interactions au sein du vivant.
Richesse nécessaire
L’ouvrage revient aussi sur les menaces combinées que font peser sur le vivant les activités humaines : d’abord, le changement d’usage des milieux (déforestation, bétonnisation), les prélèvements excessifs, comme la surpêche. Mais aussi les pollutions chimiques – au premier rang desquelles les pesticides agricoles et leurs impacts bien documentés. Et bien sûr le changement climatique, danger qui se renforce alors que les températures augmentent et auquel peu d’espèces peuvent s’adapter aussi rapidement.
Surtout, ce court ouvrage permet de comprendre à quel point la richesse des écosystèmes est nécessaire à nos vies actuelles. « Trois milliards d’humains vivant dans des milieux ruraux dépendent de 50 000 espèces sauvages, dont 10 000 pour se nourrir », résume-t-il. C’est également le cas sur le plan de la santé, où la complexité du vivant nous protège de la propagation de maladies. Pour l’agriculture, dont l’activité dépend intégralement d’une biodiversité riche et en bonne santé. Pour le cycle de l’eau, qui a besoin de sols vivants pour prospérer et nous assurer nos ressources en eau potable. Et pour nos économies, tout simplement : selon WWF (World Wildlife Fund, Fonds mondial pour la nature), souligne le biologiste, l’inaction actuelle coûte au moins 479 milliards de dollars (413 milliards d’euros) par an.
« Nous entrons dans l’ère où la préservation de la biodiversité améliore à court terme l’existence » , veut croire Marc-André Selosse. Qui espère voir les pouvoirs publics se ressaisir et avoir le courage de comprendre que la défense de la biodiversité n’est pas un fardeau pour le développement économique, mais plutôt une chance pour notre avenir collectif.
« De la biodiversité comme un humanisme », de Marc-André Selosse, Seuil, 96 pages, 6,90 euros.









