- Donald Trump s’est fait élire deux fois avec la promesse de ne pas engager de conflits.
- Une position contredite par l’intervention qu’il vient de déclencher en Iran.
- Il ne s’est pourtant jamais privé de fustiger le bellicisme de ses prédécesseurs.
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L’Iran attaqué par les États-Unis et Israël, le Moyen-Orient s’embrase
« La guerre en Irak était une grosse, une énorme erreur »
. Dès sa campagne électorale de 2016, Donald Trump s’est signalé par une position hostile aux engagements militaires américains dans le monde, à commencer par la guerre en Irak. Un argument central dans sa rhétorique de repli sur l’Amérique, qui a porté ses fruits, par deux fois, auprès des électeurs américains. Si son premier mandat a effectivement été marqué par un certain désengagement politique et militaire à l’étranger, le second ne connaît pas moins de huit interventions militaires d’intensités variables, du Venezuela au Yémen, et qui culminent avec l’offensive déclenchée le 28 février en Iran.
Revirements
C’est Jeb Bush, le frère du président américain George W. Bush, qui a essuyé le premier les assauts du candidat Trump contre les engagements lointains et coûteux, alors qu’ils étaient opposés pour l’investiture républicaine en vue de la présidentielle de 2016. L’entrée en guerre en Irak en 2003, qu’il fustige alors comme une « énorme erreur »
, il y était pourtant très favorable lorsque la question se posait en 2002. Mais quelques mois plus tard, sa position s’était inversée, et il estimait même, en 2008, que George W. Bush aurait dû être destitué pour l’avoir déclarée.
Le retrait des troupes américaines d’Irak ne trouve pas plus grâce à ses yeux, puisqu’il estime qu’il a permis l’émergence de l’État islamique. Il le reproche même lors d’un débat en 2016 à Hillary Clinton, sa rivale démocrate, alors secrétaire d’État de Barack Obama. Ledit retrait a pourtant été décidé sous George W. Bush, ce qu’elle lui oppose sans résultat.
Des attaques contre Obama et Biden
Avant même sa première campagne électorale, il n’a jamais cessé de fustiger ses prédécesseurs à la Maison Blanche pour les conflits subis ou déclenchés sous leurs présidences. Ainsi de Barack Obama, qu’il soupçonnait à voix haute de vouloir déclencher une guerre avec l’Iran pour garantir sa réélection en 2012 – finalement obtenue largement et sans avoir recours à un tel prétexte.
Successeur de Donald Trump à la Maison Blanche, Joe Biden a également subi ses foudres pour le retrait catastrophique des troupes américaines d’Afghanistan en août 2021, lors de sa première année de mandat. Pour l’administration Biden, la situation devait pourtant beaucoup à l’accord d’un retrait américain conclu l’année précédente avec les Talibans par un certain… Donald Trump.
« Pas ma guerre »
« Une guerre qui ne se serait jamais produite si j’avais été président »
. C’est ainsi qu’une fois de plus, Donald Trump parlait de l’invasion de l’Ukraine, déclenchée par Moscou en 2022, lors de son discours sur l’état de l’Union le 24 février dernier. Une uchronie, par nature invérifiable, qu’il martèle depuis 4 ans, et qui sous-entend au passage qu’il aurait dû être le président élu en 2020.« C’était la guerre de Joe Biden, pas ma guerre »
, a-t-il encore déclaré à l’émission 60 Minutes
en novembre 2025. Un an plus tôt, encore candidat, le président américain se faisait pourtant fort de mettre fin à ce conflit « en 24 heures »
.
Il a étendu ses critiques à sa rivale lors des dernières élections, la démocrate Kamala Harris, dont il assurait qu’avec elle, c’était « la troisième guerre mondiale garantie »
. Au cours d’un discours de campagne en octobre 2024 (nouvelle fenêtre), il promettait qu’il n’y aurait pas de « nouvelles guerres »
sous son mandat, et assurait qu’avec Kamala Harris, les enfants de ses électeurs seraient « envoyés se battre pour une guerre dans un pays dont vous n’avez jamais entendu parler »
.
Aujourd’hui, après avoir reproché à tous ses prédécesseurs récents leurs engagements militaires, réels ou non, et en réalisant l’inverse de ce qu’il a toujours promis à son électorat en déclenchant une attaque de grande ampleur contre l’Iran, Donald Trump trouve le moyen de le leur reprocher. Ainsi, dans un long post sur sa plateforme Truth Social le 2 mars, le président américain insinue avoir dû attaquer l’Iran à cause de Barack Obama et Joe Biden, coupables selon lui d’avoir signé un traité nucléaire favorable à l’Iran.
« Les grandes nations ne mènent pas des guerres sans fin »
, avait-il plaidé lors de son discours sur l’état de l’Union en 2019, lors de son premier mandat, pour justifier sa politique non interventionniste. À ce stade, rien ne permet de prédire que l’engagement militaire américain sera de longue durée en Iran. Mais en prévenant que les opérations dureront au moins 4 à 5 semaines, et en n’excluant pas l’intervention de troupes au sol, Donald Trump ouvre la possibilité d’un scénario qu’il a si longtemps critiqué.











