Les avancées permises par le féminisme des cinquante dernières années constituent à ses yeux « une glorieuse révolution ». En spécialiste des inégalités, Richard Reeves, chercheur à la Brookings Institution, un cercle de réflexion de centre gauche new-yorkais, est habitué à brasser des chiffres : il rappelle par exemple que 40 % des Américaines gagnent aujourd’hui davantage que le salaire médian masculin. S’il a bien conscience que les femmes continuent de rencontrer des problèmes d’insertion économique − et se dit choqué qu’aucune n’ait jamais occupé la présidence des Etats-Unis −, il estime qu’une dynamique émancipatrice leur profite, et il s’en réjouit.
Cela ne l’empêche pas de s’intéresser de près au malaise des hommes et à leurs difficultés d’adaptation au nouveau monde économique et culturel. Depuis une dizaine d’années en effet, un sentiment d’inquiétude croissant s’est emparé de l’Amérique face à la hausse des « morts de désespoir ». Le terme désigne la triste réalité des décès causés par l’alcoolisme, l’overdose ou le suicide, dont les économistes Anne Case et Angus Deaton ont montré qu’ils étaient très répandus chez les hommes de la classe ouvrière blanche. Flairant le potentiel de ce sujet, l’extrême droite s’en est immédiatement saisie. Ce qui exaspère particulièrement Richard Reeves : « Nous ne devrions pas laisser ces questions aux conservateurs », s’exclame-t-il, lui qui entend apporter d’autres réponses au malaise masculin. Il a fondé en 2023, à cette fin, un think tank baptisé l’American Institute for Boys and Men (« institut américain pour les garçons et les hommes »), dans l’idée de s’adresser aux décideurs politiques.
Lors de notre rencontre, à Londres, cet Américano-Britannique – qui a vu ses deux pays basculer en 2016, entre la première élection de Donald Trump et le vote du Brexit – nous fait remarquer que, dans les grandes démocraties, les hommes sont plus nombreux que les femmes à soutenir les partis d’extrême droite. « Beaucoup d’hommes ont l’impression que les institutions dominantes ne se soucient pas des problèmes qu’ils rencontrent », analyse-t-il.
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