- À la veille d’une rencontre à Matignon avec des syndicats, le Premier ministre Sébastien Lecornu a fait plusieurs annonces à destination du monde agricole dans une lettre ouverte.
- Il promet notamment de combattre les accords commerciaux s’ils sont « déséquilibrés », sur fond de protestation contre l’accord UE-Mercosur.
- Un arrêté est prévu mardi pour suspendre l’importation de produits d’Amérique du Sud contenant des résidus de cinq substances interdites.
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Dermatose nodulaire, Mercosur : les agriculteurs mobilisés
Une opération déminage juste avant une rencontre cruciale. Le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui reçoit les syndicats agricoles lundi et mardi, a mis en ligne dimanche une « lettre ouverte »
aux agriculteurs assurant comprendre leur sentiment « d’injustice »
. Il a aussi promis « une phase plus ferme »
vis-à-vis de l’Union européenne, tandis que depuis plusieurs semaines déjà, l’exécutif fait face à la colère des éleveurs, en colère contre la gestion de la crise de la dermatose nodulaire contagieuse (nouvelle fenêtre) et contre la signature du traité de libre-échange entre l’UE et des pays du Mercosur, dont la signature a été repoussée (nouvelle fenêtre).
Lettre ouverte aux agriculteurs de France. @AnnieGenevard @SergePapin_rf @jnbarrot @AdeMontchalin @benjaminhaddad @N_Forissier pic.twitter.com/ft28jSygrD — Sébastien Lecornu (@SebLecornu) January 4, 2026
« Depuis trop longtemps, un sentiment domine dans votre profession : celui d’une injustice profonde, celui d’une iniquité structurelle, celui d’un empilement de règles venues de loin qui, parfois, ont perdu leur bon sens »
, écrit le Premier ministre dans cette lettre publiée sur ses réseaux sociaux et dans plusieurs titres de presse quotidienne.
Avocats, pommes, melons… Des productions étrangères dans le viseur
Affirmant que les « règles ont commencé à être simplifiées »
, il assure vouloir entrer dans une « phase plus ferme, plus offensive »
, notamment vis-à-vis de l’Union européenne. Il affirme notamment que les accords commerciaux « seront combattus à chaque fois qu’ils seront déséquilibrés »
, ajoute-t-il, tandis que le traité UE-Mercosur (nouvelle fenêtre) pourrait être signé le 12 janvier. Le Premier ministre appelle ainsi à « mettre fin aux deux poids deux mesures »
, exhortant l’Union à « amplifier rapidement »
ses contrôles aux frontières pour tous les produits qui « ne respecteraient pas les
normes sanitaires et phytosanitaires
(nouvelle fenêtre) »
des Vingt-Sept.
Aux côtés de la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, il a également indiqué ce dimanche qu’il prendrait mardi un arrêté pour suspendre l’importation de fruits et légumes d’Amérique du Sud contenant des résidus de cinq fongicides et herbicides interdits en Europe. Avocats, mangues, goyaves, agrumes, raisins et pommes « d’Amérique du Sud ou d’ailleurs »
, mais aussi melons, cerises, fraises ou pommes de terre ne pourront plus entrer en France ni être commercialisés, ont-ils listé sur X.
⚠️ J’ai pris la décision de suspendre l’entrée sur notre territoire des denrées alimentaires contenant des résidus de plusieurs substances interdites en Europe. On ne peut pas accepter que des substances bannies chez nous réapparaissent indirectement par le biais des… https://t.co/aXYjyDbPK4 — Annie Genevard (@AnnieGenevard) January 4, 2026
Actuellement, « l’UE interdit certaines substances pour nos producteurs »
, mais elle fixe pour les importations « des limites maximales acceptables de résidus »
, que la France juge « trop élevées »
, explique le ministère de l’Agriculture à l’AFP. « Il n’est plus acceptable que l’on tolère la présence de substances interdites en France dans les produits importés qui entrent sur notre marché »
, déplore le Premier ministre, fustigeant « une
concurrence déloyale
(nouvelle fenêtre), une injustice économique et un problème pour la santé de nos consommateurs ».
Sébastien Lecornu promet aussi des contrôles « massivement renforcés, aux frontières et sur le territoire »
. Cette mesure devra toutefois recevoir le feu vert de la Commission européenne, qu’Annie Genevard espère obtenir mercredi à Bruxelles.
Les syndicats encore loin d’être convaincus
Le chef du gouvernement assure par ailleurs que « le budget »
de la politique agricole commune (PAC), pilotée par la Commission européenne, « ne baissera pas, ni aujourd’hui, ni demain »
, promettant qu’« il n’y aura donc pas un centime de moins pour le revenu agricole »
. Sur un autre thème sensible pour les agriculteurs, l’accès et la gestion de l’eau (nouvelle fenêtre), il a ajouté avoir « donné instruction aux préfets de recenser tous les projets locaux, à taille humaine, aujourd’hui bloqués ou ralentis »
.
Malgré ces déclarations, l’exécutif peine toujours à convaincre le secteur. Pour le premier syndicat agricole, la FNSEA, aucune de ces annonces « ne permet d’apporter les réponses concrètes aux problématiques de revenus des agriculteurs »
. L’organisation, qui réclame « une loi d’exception agricole »
notamment pour « mettre fin aux contrôles absurdes »
, a appelé ce dimanche soir « à une mobilisation nationale »
, sans attendre l’issue de son entrevue à Matignon mardi après-midi, où ses représentants exigeront « des réponses immédiates »
.
Le deuxième syndicat, la Coordination rurale (CR), a lui dit attendre l’issue du rendez-vous avec Sébastien Lecornu, prévu lundi à 18 heures. Mais José Pérez, président de la CR47, fer de lance des manifestations les plus spectaculaires dans le Sud-Ouest, a déjà menacé auprès de l’AFP de « monter à Paris »
, « si ça se passe mal »
.











