Un puissant tremblement de terre, de magnitude 7,7, a frappé vendredi 28 mars le centre de la Birmanie, a annoncé l’Institut géologique américain (USGS) – un séisme dont les secousses ont été ressenties jusqu’en Thaïlande et en Chine. Il s’est produit à 16 kilomètres au nord-ouest de la ville de Sagaing, vers 12 h 50 (7 h 20, heure de Paris), a précisé l’USGS. Une réplique de magnitude 6,4 a secoué cette zone quelques minutes plus tard, selon la même source.
Le séisme a fait au moins 144 morts, a affirmé le chef de la junte birmane, Min Aung Hlaing, qui a invité « tout pays, toute organisation » à venir apporter son aide.
Dans la capitale birmane, Naypyidaw, les routes ont été déformées sous l’effet des secousses et des morceaux de plafond sont tombés des immeubles, ont constaté des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP).
Le chef de la junte birmane s’est rendu dans un hôpital de Naypyidaw. « Jusqu’à présent, une vingtaine de personnes sont mortes après leur arrivée dans notre hôpital. Beaucoup de gens ont été blessés », a déclaré le médecin de cet établissement qui compte un millier de lits. A l’intérieur de l’hôpital, des personnes courent dans tous les sens. Certains, pleurent, d’autres tremblent alors qu’ils tentent désespérément de joindre des proches pour s’assurer qu’ils sont en vie.
Le porte-parole de la junte, Zaw Min Tun, a lancé un appel aux dons de sang. « Des centaines de blessés arrivent… Mais le bâtiment des urgences s’est également effondré », se désolent des membres du personnel chargé de la sécurité. La route conduisant vers l’hôpital est embouteillée.
Des journalistes de l’AFP se trouvaient au Musée national de Birmanie, à Naypyidaw, lorsque s’est produit le séisme, faisant trembler les murs du bâtiment. Des morceaux sont tombés du plafond et les murs se sont fissurés. Des employés se sont rués vers l’extérieur, certains en pleurs, alors que d’autres tentaient de joindre leurs proches par téléphone. Le sol a vibré pendant trente longues secondes, avant de se stabiliser.

Effondrement d’un immeuble de trente étages en Thaïlande
De fortes secousses ont également été ressenties en Thaïlande, voisine, causant des scènes de panique à Bangkok, où des bureaux et des magasins ont été évacués et certains services de métro ont été suspendus. L’effondrement d’un immeuble de trente étages en construction à Bangkok a tué trois personnes, a rapporté le vice-premier ministre thaïlandais, Phumtham Wechayachai, vendredi. Les recherches se poursuivent pour retrouver 81 personnes piégées dans les décombres, a poursuivi le responsable.
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La chute spectaculaire de la construction, qui devait abriter des bureaux du gouvernement dans le nord de la capitale thaïlandaise, non loin du marché de Chatuchak, prisé des touristes, a englouti des dizaines d’ouvriers. Quelques heures après le drame, les secouristes fouillaient toujours le site, réduit à une montagne de gravats et un enchevêtrement de blocs de béton et de poutres d’acier déformées.
« Quand je suis arrivé pour inspecter le site, j’ai entendu des gens appeler à l’aide », a raconté à l’AFP Worapat Sukthai, chef adjoint de la police du district. « Nous estimons qu’il y a des centaines de blessés, mais nous sommes toujours en train de déterminer le nombre de victimes », a-t-il dit, ajoutant craindre « de nombreuses vies perdues. Nous n’avons jamais été confrontés à un tremblement de terre avec un impact aussi dévastateur auparavant. » La première ministre thaïlandaise, Paetongtarn Shinawatra, a immédiatement convoqué une « réunion d’urgence », déclarant dans la foulée l’état d’urgence à Bangkok.
« J’ai entendu le bruit alors que je dormais chez moi, j’ai couru aussi loin que possible en pyjama hors du bâtiment, » a déclaré à l’AFP Duangjai, une habitante de la deuxième ville du pays, Chiang Mai, destination prisée des touristes, réputée pour ses temples. Sai, un autre habitant de Chiang Mai, âgé de 76 ans, se trouvait dans une supérette au moment du tremblement de terre. « Je me suis précipité hors du magasin avec d’autres clients, a-t-il raconté. C’est la plus forte secousse que j’ai ressentie de toute ma vie. »
Dans le centre, les centres commerciaux et les immeubles de bureaux se sont immédiatement vidés sans qu’aucune alerte soit émise et de nombreux Bangkokiens ont ensuite attendu dans la rue, sous un soleil de plomb, avec la crainte qu’une réplique ne survienne.
La France a fait évacuer les bâtiments de son ambassade, de son consulat et de ses instituts et lycées à Bangkok, a fait savoir le ministre des affaires étrangères français, Jean-Noël Barrot. Se trouvant à Shanghaï vendredi dans le cadre d’une tournée en Asie, il a également précisé qu’« à ce stade » il n’y avait pas de victime française et a souligné que la France était « disposée à apporter son soutien dès lors que le besoin aura été exprimé ».
La Bourse de Bangkok a suspendu ses activités. Plus de cinq heures après le séisme, le métro aérien restait à l’arrêt et Bangkok était paralysée par d’énormes embouteillages. Les secousses ont fait déborder les piscines de plusieurs immeubles d’habitation, selon des images partagées sur les réseaux sociaux, qui font aussi apparaître toute sorte de dégâts matériels. Le gouverneur de la capitale a appelé les habitants à informer d’éventuelles fissures à leur domicile.
Interrogé par l’AFP, un scientifique du centre de sismologie de Strabsourg (France) a souligné qu’il était « anormal » d’avoir des dégâts à une distance aussi éloignée de l’épicentre du séisme, mais qui étaient « sans doute » liés à la fragilité de certains bâtiments.
Des scènes de panique similaires ont surpris Chiang Mai, la deuxième ville du pays et porte d’entrée du nord montagneux prisée des touristes. Par ailleurs, d’autres secousses ont été ressenties dans la province chinoise du Yunnan (Sud-Ouest), selon l’agence chinoise chargée des séismes, qui a enregistré une secousse de magnitude 7,9.
Appels à l’aide humanitaire

La junte birmane, qui a déclaré l’état d’urgence dans six régions (Sagaing, Mandalay, Magwe, le nord-est de l’Etat Shan, Naypyidaw et Pegu), a lancé un appel à l’aide humanitaire « aussi rapidement que possible », laissant penser qu’il pourrait s’agir d’une catastrophe de grande ampleur. Un peu plus tôt, l’Inde, par la voix de son premier ministre, Narendra Modi, s’est dite prête à offrir « toute l’assistance possible » à la Birmanie et à la Thaïlande.
« Scènes déchirantes en Birmanie et en Thaïlande après le tremblement de terre dévastateur. Mes pensées vont aux victimes et à leurs familles. Les satellites européens Copernicus aident déjà les secours. Nous sommes prêts à apporter un soutien supplémentaire », a réagi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, sur X.
Les séismes sont relativement fréquents en Birmanie, où six tremblements de terre ayant atteint ou dépassé une magnitude 7 se sont produits entre 1930 et 1956 près de la faille de Sagaing, qui traverse le centre du pays du nord au sud.
En 2016, un séisme de magnitude 6,8 avait secoué l’ancienne capitale, Bagan, dans le centre du pays, tuant trois personnes et provoquant l’effondrement des murs de temples de cette destination touristique. En novembre 2012, un séisme, également de magnitude 6,8, avait frappé le centre du pays, faisant 26 morts et des centaines de blessés.
La faiblesse des infrastructures, l’insuffisance de services de santé, notamment dans les zones rurales, le développement anarchique des zones urbanisées ont rendu la population des régions habitées particulièrement vulnérable en cas de catastrophe naturelle, selon les experts.