A la suite d’une mobilisation de plusieurs jours pour réclamer le paiement des arriérés de bourses étudiantes, ce devait être un lundi calme. Il a été sanglant. Un peu avant 10 heures, ce 9 février, les forces de l’ordre sont intervenues en nombre sur le campus de l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar. Des affrontements ont opposé police et étudiants toute la journée : gaz lacrymogènes tirés en direction des résidences universitaires, jets de pierres et cocktails Molotov, interpellations violentes en cascade.
En fin d’après-midi, les forces de l’ordre pénètrent dans les bâtiments étudiants. Au quatrième étage du pavillon F, un incendie s’est déclaré – à cause de tirs de gaz lacrymogène dans les couloirs, décrit un témoin interrogé par Le Monde. Pris de panique, des étudiants ont sauté par les fenêtres.
Dans une chambre voisine, Abdoulaye Ba, 21 ans, étudiant en deuxième année de médecine, est retrouvé mort. L’autopsie fait état de multiples lésions consécutives à des coups. « Il fuyait les grèves et les manifestations », a raconté au Monde son frère, Abdul Karim Ba.
Des vidéos, publiées en direct ou dans les heures suivantes et analysées par Le Monde, permettent de retracer la chronologie des faits et documentent l’usage de la force – plus d’une centaine d’étudiants ont été arrêtés, et de nombreux ont été blessés.









