- Plusieurs passagers contaminés par l’hantavirus sur un bateau de croisière ont été évacués par avions médicalisés.
- Christophe Rapp, infectiologue à l’hôpital américain de Paris, explique à TF1info comment fonctionnent ces évacuations sanitaires.
- Selon lui, si les mesures barrières sont respectées, il n’y a « aucun risque » de propagation du virus.
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Hantavirus des Andes sur le bateau de croisière MV Hondius
La situation commence à évoluer pour les passagers du MV Hondius. Plusieurs personnes ont été évacuées ce mercredi 6 juin du navire de croisière suspecté d’être un foyer d’hantavirus pour rejoindre l’aéroport de Praia au Cap-Vert où deux avions médicalisés les attendaient. L’un doit rejoindre Amsterdam, quand la destination du second n’a pas été précisée. Le MV Hondius peut désormais mettre le cap vers Tenerife dans l’archipel des Canaries, où il doit accoster dans les prochains jours, selon les autorités espagnoles.
« Un dispositif conjoint d’évaluation sanitaire et d’évacuation sera mis en place pour rapatrier tous les membres du voyage, sauf si leur état de santé l’empêche. Tous les passagers étrangers seront rapatriés »,
a indiqué la ministre espagnole de la Santé Monica Garcia Gomez lors d’une conférence de presse.
Contacté par TF1info, Christophe Rapp, infectiologue à l’hôpital américain de Paris et président de la Société française de la médecine des voyages, explique comment se déroule ce type d’opérations.
Comment sont mises en œuvre les opérations d’évacuations sanitaires ?
Chaque pays a une organisation spécifique par rapport à l’évaluation d’un risque sanitaire émergent, avec un principe d’évacuation médicalisé, souvent par voie aérienne, et ensuite un rapatriement vers un centre médicalisé. En France, c’est une articulation entre un avionneur spécialisé susceptible de rapatrier des patients contaminés, le pilotage de l’opération par une cellule de crise de l’état et un accueil sur le territoire par une ambulance, puis un établissement sanitaire de référence. C’est de la logistique, c’est pour ça que souvent ce sont les établissements militaires qui s’en chargent en France, car en termes de coordination ils sont extrêmement entraînés.
Ensuite, ça dépend des pays. Il y a le règlement sanitaire international fait par l’OMS mais chacun est souverain sur ses protocoles de surveillance des patients. En tout cas tous les pays industriels riches s’entraînent à ce type d’exercice. Les premiers protocoles ont été écrits dans les années 2000 donc c’est rodé. C’est un mélange entre du politique et de l’organisation structurelle, qui repose en France sur Santé publique France, le Samu et les hôpitaux de référence.
Il peut y avoir une surenchère du principe de précaution et un équipement maximal, avant une désescalade
Il peut y avoir une surenchère du principe de précaution et un équipement maximal, avant une désescalade
Christophe Rapp, infectiologue à l’hôpital américain de Paris et président de la Société française de la médecine des voyages
Existe-t-il un risque de propagation de l’hantavirus pendant le voyage ?
Si les mesures barrières sont appliquées, il n’y aucun risque. C’est le premier soignant du premier contact qui prend les risques, comme le médecin du bateau qui pensait peut être consulter au départ des patients avec une grippe et qui a finalement été contaminé.
Pour ces évacuations, on envoie des médecins habitués, des urgentistes ou des infectiologues, qui ont des protocoles déjà rédigés avec des éléments de protections individuelles, comme le lavage de mains, le port du masque chirurgical. On va aussi probablement utiliser des équipement upgradés, blousons, couvertures, et faire porter aux patients des masques pour ne prendre aucun risque. Il peut y avoir une surenchère du principe de précaution et un équipement maximal, avant une désescalade une fois qu’on comprendra le mécanisme du virus.
Comment vont être pris en charge les cinq Français à bord ?
Les Français et tous les autres passagers non contaminés sur le bateau sont considérés comme des cas contacts. Ils vont être tracés et surveillés jusqu’à la fin de la durée d’incubation maximale de la maladie.
En France, les process sont connus et maîtrisés. La cellule de crise Corruss est dessus, ils ont déjà certainement identifié les Français concernés, et ils vont analyser leurs dossiers, voir comment ils vont faire pour les récupérer. Ils donneront des instructions d’isolement, avec des indications sur le Samu, et le médecin à contacter en cas de symptômes, le type de transport à utiliser, et le service de référence duquel ils dépendront. On va les tracer pour éviter que l’un d’entre eux développe une fièvre dans les prochains jours et contamine d’autres personnes. Sur quatre ou cinq cas, ce n’est pas très compliqué.
C’est une situation exceptionnelle puisqu’il y a 200 à 300 cas de ce virus détectés par an en Amérique. Là c’est le confinement du bateau qui a facilité sa transmission, puisque c’est un endroit fermé. Mais on n’est pas sur un virus qui se transmet aussi facilement que le Covid, sinon on aurait eu beaucoup plus de cas.

