L’autre jour, ma fille m’a demandé : « Maman, c’était un drone ou un avion ? » Elle a 5 ans. Je lui ai répondu que c’était le tonnerre. Le ciel était pourtant parfaitement bleu.
Au Liban, les parents inventent souvent des orages pour protéger l’enfance. Nous parlons d’avions qui passent. Nous changeons de sujet quand les informations deviennent trop lourdes. On tente de préserver un peu d’insouciance dans un pays ou le ciel rappelle constamment que la guerre n’est jamais loin.
Mais les enfants comprennent vite. Ils comprennent qu’il se passe quelque chose. Ils comprennent que les adultes surveillent leurs téléphones, que certaines conversations s’arrêtent lorsqu’ils entrent dans une pièce, que certains bruits dans le ciel ne ressemblent pas aux autres. C’est ainsi que la guerre s’invite dans leur insouciance : pas seulement par les bombes, mais par l’atmosphère qui infiltre la vie quotidienne. Les Libanais n’ont pas choisi la guerre.
Depuis des décennies, notre pays est entraîné dans des conflits qui le dépassent. Les rivalités régionales, les affrontements idéologiques et les calculs géopolitiques se jouent souvent sur notre territoire comme si ce pays n’était qu’un terrain d’affrontement. Mais sur ce terrain vivent des familles. Et surtout des enfants.
La guerre ne détruit pas seulement des villes. Elle façonne aussi les esprits de ceux qui grandissent en son sein. Lorsque des enfants grandissent dans un climat de peur permanente, ils apprennent très tôt à classer les autres : selon leur religion, leur appartenance politique, leur communauté. C’est ainsi que les guerres se transmettent.
Ciels menaçants
Une génération grandit avec la crainte, la colère et les blessures des adultes. Puis elle devient, à son tour, celle qui nourrit les conflits suivants. Au Liban, pays de diversité religieuse et culturelle, ce mécanisme est particulièrement dangereux. Si les enfants apprennent d’abord à se méfier les uns des autres, aucune paix durable ne pourra s’installer. La haine d’un peuple n’a jamais construit la paix. On peut contester une idéologie, refuser une domination, combattre une injustice. Mais lorsque des sociétés apprennent à haïr des populations entières, elles fabriquent les guerres de demain.
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