Le chef de l’armée soudanaise et dirigeant de facto du pays, le général Abdel Fattah Abdelrahman Al-Bourhane, a annoncé mardi la levée du siège longtemps imposé par les paramilitaires à la ville de Kadougli, ville-clé du Kordofan, à la télévision soudanaise.
« Je félicite le peuple soudanais pour l’ouverture de la route de Kadougli et félicitations à notre peuple de Kadougli pour l’arrivée des forces armées », a-t-il déclaré lors d’une brève interview dans les studios de la télévision soudanaise. Deux sources militaires avaient auparavant annoncé à l’Agence France-Presse (AFP) que l’armée avait brisé le siège de la ville.
« Nos forces sont entrées dans Kadougli et ont levé le siège », imposé par les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) et leur allié du Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord (SPLM-N), dirigé par Abdelaziz Al-Hilu, avait déclaré, plus tôt dans la journée, une source militaire à l’AFP sous couvert d’anonymat. « Après de violents combats sur la route entre Dilling et Kadougli, nos forces ont vaincu les FSR et leurs milices Hilu, leur infligeant de lourdes pertes », avait-elle ajouté.
Des médias soudanais locaux ont diffusé des images montrant des combattants célébrant l’arrivée des troupes dans la ville. Située près de la frontière avec le Soudan du Sud, Kadougli a été encerclée durant la majeure partie du conflit, déclenché en avril 2023, entre l’armée et les FSR.
Crise humanitaire
En novembre, l’Organisation des Nations unies (ONU) a déclaré cette ville en état de famine. Depuis le début du conflit, environ 80 % de la population, soit quelque 147 000 personnes, ont fui la ville, a annoncé l’ONU la semaine dernière.
L’annonce de la levée du siège survient une semaine après que l’armée a revendiqué, à la fin de janvier avoir percé les lignes autour de Dilling, située à environ 130 km au nord de Kadougli.
Après avoir pris à l’armée en octobre sa dernière position, la ville d’El-Fasher, dans la région occidentale du Darfour, les FSR ont progressé à travers le Kordofan, cherchant à reprendre le contrôle de l’axe central du Soudan, qui relie le Darfour à la capitale, Khartoum.
Les paramilitaires avaient renforcé leur siège de Kadougli et de Dilling, mené des échanges de tirs meurtriers avec l’armée dans toute la région et se sont emparés du plus grand champ pétrolier du Soudan, Heglig, à la frontière avec le Soudan du Sud.
Les violences dans la région – notamment les frappes meurtrières de drones – ont placé des centaines de milliers de personnes au bord de la famine et ont forcé 88 000 personnes à fuir entre octobre et janvier, selon les chiffres de l’ONU.
Le Kordofan, vaste région fertile et riche en pétrole, est aujourd’hui l’un des fronts les plus disputés du pays. Lundi, le secrétaire général du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC), Jan Egeland, a qualifié le Kordofan du Sud de « frontière la plus dangereuse et la plus négligée du Soudan ». « Des villes entières sont affamées, forçant des familles à fuir sans rien », a-t-il averti dans un communiqué après une visite dans la région.
Près de trois ans de guerre au Soudan ont fait plusieurs dizaines de milliers morts et déraciné environ 11 millions de personnes. Des centaines de milliers de civils sont confrontés à la famine, dans ce que l’ONU qualifie de « pire crise humanitaire au monde ».




