Sylvain Crépon est docteur en sociologie de l’université Paris-Nanterre, il est maître de conférences en science politique à l’université de Tours. Il a effectué de nombreuses enquêtes sur le FN-RN depuis le milieu des années 1990 à partir d’une méthode qualitative de recherche. Il est auteur, coauteur ou codirecteur de plusieurs ouvrages sur l’extrême droite.
Vous étudiez le Front national (FN), puis le Rassemblement national (RN), depuis environ trente ans. Qu’est-ce qui a changé ?
Il existe une constance dans l’extrême droite française : envisager la politique à travers une dimension identitaire, une identité enracinée qu’il s’agit de préserver de toute altération. Ce narratif nationaliste est indissociable de positions xénophobes, racistes et antisémites, qui ont certes pu évoluer avec le temps. C’est pourquoi il y a toujours eu, à l’extrême droite, la volonté de remettre en cause certains fondamentaux universels de la République, comme le droit du sol, perçus comme une menace pour l’identité séculaire de la nation. Malgré cela, pour préserver son fonds idéologique, le parti a su faire preuve d’une capacité remarquable d’adaptation aux reconfigurations politiques et sociales globales.
Sur quoi, par exemple ?
Lors de ma première enquête de terrain au sein du Front national au milieu des années 1990, j’avais constaté que le discours des jeunes militants était imprégné des thèses de la nouvelle droite [un courant de pensée racialiste liant combat politique et combat culturel en diffusant ses thèses dans les partis de droite et d’extrême droite]. Au principe de hiérarchie entre les races était substituée la nécessité de préserver les différences entre les cultures afin de sauvegarder la « diversité des peuples ». Le philosophe Pierre-André Taguieff avait qualifié ce positionnement d’« ethno-différentialisme raciste » [Sur la nouvelle droite, Descartes & Cie, 1994]. Cet argumentaire était susceptible de séduire des personnes a priori éloignées des thèses de l’extrême droite.
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