L’AVIS DU « MONDE » – À NE PAS MANQUER
Dans Pacifiction (2022), l’Espagnol Albert Serra imaginait la déchéance d’un haut fonctionnaire en Polynésie française, et filmait Benoît Magimel dans la peau de cet animal politique râblé et soufflant, tournant en rond sur son île. Sa livraison suivante, Tardes de soledad, Coquille d’or au Festival de Saint-Sébastien (Espagne) en 2024, s’ouvre quant à elle sur les longues images d’un taureau s’ébrouant seul au seuil de la nuit dans un enclos indéfini, avant d’entrer dans l’arène terrible, sur le sable fin de la corrida.
Passant au registre documentaire, le cinéaste dandy, sorte de réincarnation catalane d’Andy Warhol, s’est penché, non sans une once de provocation, sur ce lieu littéralement infilmable, ultra-polarisé, saturé de discours « pro » et « anti ». Lieu également résiduel et anachronique, en ce qu’il s’agit du dernier espace rituel de mise à mort de l’animal dans notre modernité où l’abattage industriel, claquemuré, se fait à l’abri de tout regard.
Pendant deux ans, il a suivi le jeune torero Andres Roca Rey, 28 ans, natif du Pérou, considéré comme le numéro un de sa discipline, dans sa tournée des arènes, officiant au fil de sa virée espagnole dans celles de Madrid, Séville, Bilbao et Santander. Dès ce patronyme, il faut bien entendre, dans « Roca Rey », le « roc » et surtout le « roi », dont Serra, qui a filmé La Mort de Louis XIV (2016), va examiner scrupuleusement la figure de souverain en son royaume, alternativement sur la scène taurine et ses coulisses immédiates, à chaque fois renforcé en même temps que fragilisé par sa rencontre avec l’animal.
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