Prix d’interprétation au Festival de Cannes en 2000 pour In The Mood for Love de Wong Kar-wai, Tony Leung Chiu-wai possède une filmographie hallucinante de près de 80 longs-métrages – De Hou Hsiao-Hsien à Ang Lee en passant par John Woo et Andy Lau… On le retrouve aujourd’hui, à 63 ans, devant la caméra de la cinéaste hongroise Ildiko Enyedi, réalisatrice de Silent Friend. Et, dans la vraie vie, sagement assis dans une chambre d’hôtel, humble jusqu’à la pointe des pieds, demi-sourire chaleureux et tristounet accroché aux lèvres, pesant moins chaque mot que chaque silence.
« Silent Friend » : l’ami silencieux. Le titre du film semble fait sur mesure pour vous…
C’est vrai, j’aime être seul. Je prends plaisir à la solitude et j’ai régulièrement besoin de m’isoler.
Mais même quand vous êtes en compagnie d’autres personnes, vous ne parlez guère. Avec vous, c’est un peu 50 nuances de silence…
Je n’ai jamais été un grand bavard. Et ça, depuis l’enfance. Ma triste enfance. Je viens d’une famille brisée. Mon père est parti quand j’étais très jeune. De ça, je ne savais pas comment parler à mes camarades d’école. Je ne savais ni quoi dire, ni comment le dire. Je ne voulais pas que les autres sachent que je n’avais plus de père. Je prétendais qu’il était toujours là. C’est ainsi que j’ai commencé à m’isoler et à ne plus parler beaucoup. J’ai construit un mur entre moi et les autres, qui permettait d’abriter des regards mes émotions et mes sentiments.
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