- Candidat aux législatives au Népal, Balendra Shah a largement remporté sa circonscription de Jhapa-5.
- À l’échelle nationale, son parti est également en passe de remporter ces élections, ce qui pourrait permettre à l’ancien rappeur de devenir Premier ministre.
- Voici tout ce qu’il faut savoir sur le maire de Katmandou qui casse les codes d’une classe politique établie dans ce pays d’Asie du Sud.
Un nouveau visage bientôt à la tête du Népal. Âgé de seulement 35 ans, Balendra Shah a remporté la circonscription de Jhapa-5 (centre), face à l’emblématique KP Sharma Oli, Premier ministre à quatre reprises et poussé à la démission en septembre dernier, lors des élections législatives. Il a récolté plus de 68.000 voix, contre 18.000 pour son adversaire communiste. Il a donc réussi son pari, lui qui a choisi de se confronter directement au marxiste dans son fief.
À l’échelle nationale, le parti Rastriya Swatantra Party (RSP, centriste) est crédité, selon les derniers résultats partiels, d’une large majorité. « Nous nous dirigeons vers un raz-de-marée électoral qui reflète la frustration accumulée dans le pays. C’est en quelque sorte la révolte du peuple contre les partis politiques établis »
, analyse l’analyste Chandra Dev Bhatta, auprès de l’AFP. Ce scrutin pourrait aussi et surtout offrir la tête du gouvernement à Balendra Shah. Mais alors, qui est-il ?
Il a grandi pendant la guerre civile
Balendra Shah est né à Katmandou, la capitale du Népal, d’un père pratiquant la médecine ayurvédique traditionnelle et d’une mère femme au foyer. Il a grandi pendant la longue guerre civile (1996-2006), qui a fait plus de 16.000 morts et précipité l’abolition de la monarchie en 2008. Après avoir obtenu une licence en génie civil, il a fait ses bagages pour l’Inde, où il a poursuivi ses études et décroché un master en ingénierie structurelle.
Un ancien rappeur
Avant de se lancer en politique, le trentenaire s’est fait connaître par sa musique. Son penchant précoce pour la poésie, s’est transformé en amour pour le rap. Mais signe d’un destin qui ne doit finalement rien au hasard, ses chansons critiquent souvent la classe dirigeante népalaise dans un pays où près d’un quart de la population vit dans une extrême pauvreté. Elles ont trouvé un écho auprès de nombreux habitants. Son morceau le plus connu « Balidan » (sacrifice en népalais) a été visionné plus de 12 millions de fois sur YouTube.
« Si un homme politique se nourrit en même temps de littérature ou de musique, son engagement s’appuie alors sur des émotions »
, a confié le principal intéressé, lors d’un entretien accordé à l’AFP. « Un homme politique se doit d’avoir une telle sensibilité »,
a-t-il jugé. D’ailleurs, il ne compte pas renoncer à la musique s’il devient Premier ministre. « C’est un moyen d’expression, je continuerai »
, a-t-il assuré.
Une figure poussée par la « génération Z »
Avant de se présenter aux législatives, Balendra Shah a été élu maire, à la surprise générale, de Katmandou en 2022, devenant à l’époque le premier candidat indépendant à s’imposer dans la capitale. Partisan d’un « système économique libéral accompagné de justice sociale »
, il s’est attaqué à plusieurs grands chantiers sur place : de la collecte des ordures à la circulation automobile, en passant par l’éducation ou le recouvrement des impôts. Il s’est également attaqué à deux de ses grands chevaux de bataille, la lutte contre la corruption et les inégalités sociales.
Sans surprise, « Balen » a activement soutenu l’insurrection dite de la « génération Z », renforçant son lien avec la jeunesse locale. Les deux jours d’émeutes, les 8 et 9 septembre, ont fait 77 morts, des centaines de blessés et ont précipité la chute du précédent gouvernement. « Chère génération Z, la démission de votre bourreau est arrivée. Votre génération va désormais devoir diriger le pays. Préparez-vous »
, a-t-il déclaré à l’époque. Force est de constater qu’il avait vu juste.










