Un journaliste turc de la radio-télévision publique allemande Deutsche Welle (DW) a été arrêté et placé en détention à Ankara, jeudi 19 février. Alican Uludag est accusé de « diffusion publique d’informations trompeuses » et d’« insulte au président », a annoncé le procureur d’Istanbul dans un communiqué. Le parquet affirme « avoir ouvert une enquête ».
Selon le communiqué, ce sont des messages du journaliste postés « via le compte du réseau social X @alicanuludag » qui sont incriminés. Cependant, selon son avocat joint par l’Agence France-Presse (AFP) jeudi soir, M. Uludag est mis en cause pour un article sur le site de la DW concernant le rapatriement de citoyens turcs affiliés au groupe Etat islamique (EI).
« Alican Uludag a été placé en garde à vue (…) en raison de son article intitulé “La Turquie se prépare à rapatrier des citoyens turcs affiliés [au groupe] Etat islamique” », a déclaré Tora Pekin, avocat de DW Türkçe. Selon lui, le journaliste était, jeudi soir, en cours de transfert d’Ankara à Istanbul. Il sera présenté au parquet vendredi, a précisé le bureau du procureur.
Selon la Deutsche Welle, contactée jeudi soir par l’Agence France-Presse (AFP), les « accusations se réfèrent à un message publié sur X il y a environ un an et demi » dans lequel Alican Uludag « critique des mesures prises par le gouvernement turc qui auraient conduit à la libération de possibles terroristes de l’EI » et « a accusé le gouvernement de corruption ». Toujours selon DW, le journaliste a été « arrêté et emmené sous les yeux de sa famille par une trentaine de policiers. Son domicile a été perquisitionné et du matériel informatique a été saisi ».
Citée dans le communiqué de la DW, la directrice générale du groupe allemand, Barbara Massing, juge les accusations « infondées » et demande qu’il soit « libéré immédiatement ».
« Processus de harcèlement judiciaire » contre la presse, selon RSF
Après l’intervention de l’armée syrienne dans le nord-est de la Syrie en janvier, pour rétablir le contrôle de Damas sur les territoires gérés par les Forces démocratiques syriennes, dominées par les Kurdes, des milliers de djihadistes présumés et leurs proches, gardés jusqu’alors dans des camps, ont été transférés en Irak.
Le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient a assuré la semaine dernière avoir emmené depuis le 21 janvier « plus de 5 700 hommes adultes » vers des prisons irakiennes. Les Etats-Unis avaient précédemment annoncé qu’ils comptaient transférer environ 7 000 détenus et appelé les pays concernés à récupérer leurs ressortissants. Les autorités turques, interrogées à plusieurs reprises par la presse dont l’AFP, ont refusé de confirmer si des citoyens turcs figuraient parmi les détenus et s’ils seraient ramenés en Turquie.
Pour le représentant de l’organisation Reporters sans frontières, « l’interpellation d’Alican Uludag s’inscrit dans un processus de harcèlement judiciaire à l’encontre de journalistes sérieux ». Dans un communiqué à l’AFP, Erol Onderoglu dénonce « des pratiques incessantes arbitraires qui visent aujourd’hui un journaliste qui a pu déranger le pouvoir en raison de ses investigations ».
« Qu’un journaliste soit traité comme un criminel de droit commun, emmené par une trentaine de policiers et immédiatement transféré à Istanbul, relève d’une intimidation ciblée et montre à quel point le gouvernement réprime massivement la liberté de la presse », abonde Barbara Massing.








