L’Autorité des relations sociales des plateformes d’emploi (ARPE), s’appuyant sur les données des plateformes de livraison, dévoile vendredi 4 avril que le taux de rémunération horaire brute des livreurs indépendants – 71 000 personnes en France – a chuté ces quatre dernières années.
Entre 2021 et 2024, en tenant compte de l’inflation, ce taux baisse de 34,2 % chez Uber Eats, de 26,6 % chez Stuart et de 22,7 % chez Deliveroo. Un aveu d’échec, selon le syndicat Union-Indépendants, de l’accord signé en 2023 prévoyant que les plateformes versent aux livreurs un revenu minimal horaire de 11,75 euros brut.
L’ARPE a aussi constaté que les temps d’attente entre deux courses s’étaient allongés, de 16,9 % chez Deliveroo et de 35,3 % chez Uber Eats, même si ce calcul « ne prend pas en compte le recours simultané à plusieurs plateformes par un même travailleur » et qu’en réalité le livreur peut ne pas attendre mais effectuer une course pour une autre plateforme.
« Garantie horokilométrique »
Le syndicaliste Fabian Tosolini, d’Union-Indépendants, explique auprès de l’Agence France-Presse (AFP) que les livreurs sont obligés de parcourir des « zones de livraison s’étendant de plus en plus ». Ils se retrouvent ainsi contraints de troquer leur vélo contre un scooter ou une voiture, avec les frais que cela engendre.
« Nous entendons [les] demandes [des livreurs] de rééquilibrer les revenus », a réagi Uber Eats auprès de l’AFP. L’entreprise se déclare « favorable à la mise en place d’un revenu minimal par course et d’une garantie horokilométrique » calculée en fonction de la durée et de la distance des courses, et chiffre à 20,50 euros le revenu horaire brut moyen en 2024 de ses livreurs partenaires. Deliveroo évoque pour sa part, entre 2021 et 2024, un revenu moyen par prestation qui a « toujours été supérieur à 5,50 euros, atteignant 5,70 euros (…) sur 2024 », et un « revenu horaire brut en course (…) de 26,31 euros par heure ».
Union-Indépendants a également analysé les données des plateformes de voitures de transport avec chauffeur (VTC), comme Bolt et Uber, et constate une « baisse continue et généralisée des revenus » entre 2022 et 2024. Le taux horaire s’est effondré de 12 % – soit une perte de 9 500 euros de chiffre d’affaires – chez Bolt, et de 1 % chez Uber, d’après le syndicat, qui souligne que « les travailleurs doivent rester connectés deux fois plus longtemps pour gagner autant ».
Un accord collectif prévoit un revenu minimum de 9 euros par course et de 30 euros de l’heure (sans compter les temps d’attente) pour les chauffeurs VTC. Chez Uber, le temps d’attente moyen entre deux courses a quasiment doublé en deux ans, d’après Union-Indépendants. Un étirement du temps qui provient de « l’afflux de plus en plus important de chauffeurs », saturant l’offre, selon M. Tosolini.