- Alain Orsoni a été tué ce lundi lors des obsèques de sa mère dans son village natal, en Corse-du-Sud.
- Cette figure du nationalisme corse reconvertie dans les affaires vivait au Nicaragua.
- Il fut l’un des chefs du Front de libération nationale corse dans les années 1980.
Une nouvelle onde de choc sur l’île de beauté, confrontée à des luttes intestines entre bandes criminelles. Alain Orsoni, figure du nationalisme corse reconvertie dans les affaires, a été tué lundi 12 janvier à 72 ans lors des obsèques de sa mère dans son village natal, à Vero (Corse-du-Sud). Les faits se sont produits autour de 16h30 dans le cimetière de cette commune située à une trentaine de kilomètres au nord d’Ajaccio. Il est décédé sur place, d’une balle unique, « un tir à longue distance »,
a indiqué le procureur de la République d’Ajaccio, Nicolas Septe.
Alain Orsoni était venu spécialement du Nicaragua où il vivait. Les drames et vengeances, la famille Orsoni les connaît depuis plus de 40 ans. En 1983, Guy, le frère, lui-même militant nationaliste, était assassiné. Un an plus tard, naît le fils d’Alain Orsoni, qui s’appellera Guy, comme son oncle défunt. Guy Orsoni est présenté aujourd’hui par la police comme « une personnalité saillante du
banditisme corse
«
.
Mi-mai 2025, le fils d’Alain Orsoni a été condamné à 13 ans de prison à Marseille pour avoir voulu tenter d’assassiner en 2018 Pascal Porri, membre présumé de la bande criminelle du « Petit Bar ». C’est cette même bande criminelle qui a été impliquée dans le projet d’assassinat visant Alain Orsoni en 2008. Depuis, une forte rivalité oppose le clan Orsoni au Petit Bar. L’ex-dirigeant nationaliste, qui se savait menacé, n’apparaissait plus en public, portait régulièrement un gilet pare-balles et ne se déplaçait jamais sans ses gardes du corps.
L’un des chefs du FLNC
Son parcours ressemble à un « polar ». Après des études à Paris, notamment de droit à Assas, Alain Orsoni devient dans les années 1980 l’un des chefs du Front de libération nationale de la Corse (FLNC), créé en mai 1976. Lors de la principale scission du FLNC, en novembre 1990, Alain Orsoni fonde le Mouvement pour l’Autodétermination (MPA), vitrine légale du FLNC Canal Habituel. Il fait alors face à la Cuncolta Nazunalista (FLNC Canal historique) dirigée par Charles Pieri et François Santoni, rappelle une note confidentielle de la police nationale consultée par l’AFP, qui liste 25 bandes criminelles à travers l’île de Beauté.
À la tête du MPA, Alain Orsoni est l’interlocuteur principal du gouvernement lors de la création du statut Joxe, en 1991, installant un conseil exécutif doté de pouvoirs propres à côté d’une assemblée territoriale, réduite à 51 membres. En 1992, Alain Orsoni est réélu à l’Assemblée territoriale. Sa liste obtient quatre sièges aux élections territoriales, sans qu’il puisse siéger en raison d’irrégularités liées au financement de la campagne.
Réputé pour son sens politique et son sang-froid, Alain Orsoni, condamné et brièvement écroué dans plusieurs dossiers, quitte la Corse en 1996, en pleine guerre fratricide au sein de la mouvance nationaliste. « Je suis en danger de mort. »
« Je veux quitter la Corse »
, dit-il à l’époque, comme le rappelle Le Monde
(nouvelle fenêtre)
dans un long portrait qui lui est consacré en 2012. Il vit durant 13 ans en Floride, où il ouvre une pizzeria à Miami, puis au Nicaragua, où il a des activités dans le secteur des jeux. Comme le précise Le Monde
, Guy Orsoni est un temps surveillé par le FBI qui le soupçonne de blanchir de l’argent, mais le trafic n’a jamais été prouvé. Alain Orsoni s’installe ensuite en Espagne, à Barcelone.
Après 12 ans d’exil, il revient en Corse en 2008. Cette année-là, il succède à la présidence du club de foot de l’Athletic Club Ajaccio (ACA) à son ami Michel Moretti, un ancien nationaliste qui venait de décéder. Il préside ce club à deux reprises, de 2008 à 2015, puis en 2022 pour une saison seulement, où l’équipe est alors de retour en Ligue 1. Mais il est finalement relégué dès la saison suivante. Alain Orsoni quitte ensuite ses fonctions de président de la holding propriétaire du club, en septembre 2025, après les nombreux déboires financiers du club.








