- La Gen Z, qui a grandi avec le numérique, souhaiterait déconnecter.
- De nombreux jeunes veulent limiter leur temps d’écran.
- Le professeur Mathieu Alemany Oliver explique à TF1info les raisons de cette déconnexion.
La Gen Z, née entre la fin des années 1990 et le début des années 2010, a évolué en même temps que le numérique. Elle a baigné dedans. Pour autant, avoir grandi avec le numérique ne signifie pas que l’on maîtrise le temps passé devant les écrans. La multiplication des applications ou le fait d’être sur des écrans pour travailler et dans le cadre des loisirs peut aboutir à une envie de déconnexion. Selon une étude de l’INSEE (nouvelle fenêtre), publiée en juin 2024, un tiers des internautes ont déclaré ressentir au moins un effet néfaste des écrans.
Les plus jeunes sont particulièrement concernés, puisque 57% des moins de 20 ans disent le ressentir ainsi que 49% des 20-34 ans. Pour limiter ces effets, 57% des 15-19 ans expliquent avoir tenté de limiter leur temps d’écran (nouvelle fenêtre), ainsi que 49% des 20-24 ans et 50% des 25-29 ans. Pourquoi les jeunes souhaitent-ils déconnecter ? « C’est surtout, selon moi, une fatigue structurelle, liée aux usages, donc un trop-plein technologique »
, estime Mathieu Alemany Oliver, professeur en marketing à TBS Education, interrogé par TF1info.
Les vieilles technologies en réponse à la saturation numérique
Selon l’expert, une utilisation des objets connectés et des réseaux sociaux ainsi que l’exposition continue depuis l’enfance peut conduire à une « surstimulation cognitive »
. « Cette
surstimulation
entraîne une saturation de la mémoire de travail qui reçoit trop d’informations, ce qui crée une difficulté à traiter l’information, à la hiérarchiser, une fatigue mentale accrue et des baisses de performance dans le traitement des tâches cognitives plus complexes
« , explique le professeur en marketing.
Pour déconnecter, la Gen Z se tourne vers l’analogique, comme le montre le regain de popularité de l’iPod, qui permet d’écouter de la musique sans être connecté à Internet. « Les vieilles technologies sont une réponse à la saturation numérique »,
indique Mathieu Alemany Oliver. Contrairement aux plateformes de streaming, l’écoute sur un iPod est limitée à un espace de stockage. « Il nous obligeait à ‘travailler’, par exemple pour choisir les morceaux à télécharger, faire des compromis avec notre playlist… La notion de travail est importante ici »
, assure-t-il.
Vers un nouveau rapport à la technologie ?
Mais une déconnexion est-elle possible ? « Le téléphone fait l’objet d’une véritable dépendance sociale »
et « nous avons ici une forme d’addiction »
, indique le professeur. Selon lui, cette envie de déconnexion de la Gen Z peut conduire à un « rapport émancipateur »
avec « plus de régulation, avec une technologie qui demande plus d’intentionnalité de la part des utilisateurs et une augmentation du bien-être numérique »
. Enfin, Mathieu Alemany Oliver raconte qu’il a déjà demandé à ses étudiants s’ils aimeraient vivre dans les années 1980 et qu’ils ont répondu oui à l’unanimité. Ils ont principalement évoqué « le lien social et l’impression du temps qui passe plus lentement, où tout ne va pas aussi vite qu’aujourd’hui »
. Si ces réponses sont basées sur une représentation idéalisée, elles révèlent « un rapport au monde différent, un contre-modèle symbolique du présent »
, conclut le professeur en marketing.









