- Dans une vaste étude réalisée à la demande du gouvernement, l’Inserm s’est penchée sur l’usage de la cocaïne en France.
- Près d’un adulte sur dix en a déjà consommé dans sa vie, souligne le rapport, qui relève une « augmentation constante ».
- Si la tranche d’âge 15-34 est la plus touchée, les résultats sont toutefois plus contrastés en zoomant sur les adolescents.
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Cocaïne : la France face à un « tsunami blanc »
En deux décennies seulement, elle s’est imposée comme une problématique sanitaire majeure. La consommation de cocaïne s’est largement diversifiée en France, alerte une expertise de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), dévoilée jeudi 22 janvier. Un chiffre résume l’ampleur du phénomène : près d’un dixième des adultes français (nouvelle fenêtre) en avaient consommé au moins une fois dans leur vie en 2023, contre un sur cinquante, une vingtaine d’années plus tôt.
L’usage de cocaïne s’est largement répandu depuis plusieurs années, suivant une tendance à l’œuvre (nouvelle fenêtre) dans de nombreux autres pays, souligne ce rapport, qui se penche non seulement sur la cocaïne en poudre, mais aussi sur le crack, dit cocaïne « basée »
. Il a été réalisé à la demande du gouvernement, et à partir de l’ensemble de la littérature scientifique disponible.
La France classée sixième au niveau européen, sur la tranche 15-34 ans
La consommation de cocaïne représente désormais « une crise sanitaire »
, « sécuritaire »
et « aussi sociale »
, a résumé jeudi la chercheuse Clotilde Champeyrache, experte en criminalité organisée, lors de la présentation du vaste panorama de l’Inserm sur le sujet. L’Europe est « devenue un marché
comparable au continent américain
(nouvelle fenêtre) »
et la France se situe à la sixième place sur le continent, ex aequo avec l’Espagne, sur la tranche d’âge 15-34 ans, relate l’Inserm dans un communiqué (nouvelle fenêtre).
C’est cette population qui est la plus touchée par la consommation : 5,4% d’entre eux sont des usagers récents (nouvelle fenêtre). Et près de deux consommateurs sur trois boivent également de l’alcool et utilisent des opioïdes. De manière générale, le rapport souligne « une augmentation constante chez les adultes »
de l’usage de cocaïne. Et les hommes sont « largement »
plus concernés : en 2023, 13,4% d’entre eux « ont expérimenté cette drogue au cours de leur vie »
, contre 5,5 % des femmes.
En revanche, chez les adolescents, la consommation de cocaïne est « en baisse »
, mais elle « reste préoccupante »
(nouvelle fenêtre), poursuit l’étude. Citant plusieurs enquêtes, elle précise que la proportion de personnes ayant déjà expérimenté la cocaïne a reculé chez les jeunes de 17 ans ces dernières années. Sur la tranche d’âge 15-16 ans en revanche, celle-ci monte à 2,7%, dépassant la moyenne européenne établie à 1,9%. Plus largement, cette consommation chez les jeunes « varie selon plusieurs facteurs, dont le statut scolaire, les relations familiales et l’utilisation concomitante d’autres drogues »
.
Un « usage récréatif »… mais aussi dans certains secteurs professionnels
À l’échelle de la population générale, le rapport s’est aussi penché sur les raisons qui motivent la consommation. Il évoque à la fois un « usage récréatif »
, sachant que « 42 % des festivaliers consomment de la cocaïne »
en milieu festif, mais aussi une « recherche de performance »
et la « gestion du stress »
, détaille le communiqué de l’Inserm.
« Les données concernant les usages en lien
avec le milieu professionnel
(nouvelle fenêtre) »
restent « trop lacunaires »
, souligne-t-il toutefois. « Lorsqu’elles existent, elles révèlent des prévalences élevées dans certains secteurs comme l’hébergement/la restauration et les milieux artistiques »
, précise malgré tout le texte du rapport, qui signale plus largement « des contextes de stress ou de pression professionnelle »
.
L’étude souligne par ailleurs que cette crise est la conséquence d’un envol de l’offre de la cocaïne dont les prix ont chuté, favorisant une vaste diffusion de cette drogue (nouvelle fenêtre) longtemps perçue comme un produit coûteux et réservé aux milieux aisés. « La consommation de cocaïne se diffuse en termes de classes sociales, d’implantation géographique et d’usages »
, détaille-t-elle. Le crack, lui, demeure avant tout consommé par des personnes précaires, mais le rapport relève « une diffusion croissante (…) parmi des publics plus insérés »
.
Face à ces enjeux criants, ce vaste panorama conclut que la réponse publique demeure « insuffisante »
avec une répression trop centrée sur les consommateurs. « Les réponses actuelles (…) contribuent notamment à stigmatiser les personnes qui consomment en les réduisant soit à un délinquant soit à une personne atteinte d’une maladie »
, déplore l’Inserm, appelant à trouver « un nouvel équilibre entre sécurité et santé »
.










