En juin 2024, Emmanuel Macron a dissous l’Assemblée nationale et appelé les citoyens à « clarifier » la situation politique du pays. Ce fut un échec, car la nouvelle Assemblée était encore plus fragmentée que la précédente. Depuis, le pays se heurte à l’existence de trois forces politiques (gauche, centre et droite, extrême droite), dont aucune n’a la majorité et qui refusent de coopérer entre elles. Aujourd’hui, de nombreux responsables politiques et commentateurs estiment que si le gouvernement Bayrou tombe le 8 septembre, il faudra dissoudre à nouveau pour opérer la « clarification » nécessaire.
Pourtant, il n’y a aucune raison pour que les citoyens donnent une majorité à l’un des trois camps, car ils ne délibèrent pas pour se mettre d’accord. Les membres d’une assemblée ou les leaders de partis peuvent clarifier une situation politique en négociant un compromis, mais les citoyens n’ont aucun moyen de définir une stratégie collective en vue d’une élection.
On peut les forcer à faire des choix, comme pour l’élection présidentielle : il n’y a qu’un poste à pourvoir, et on limite même le nombre de candidats à deux au second tour, afin que le vainqueur ait une majorité absolue. Il en va de même lors d’un référendum : on oblige les citoyens à se prononcer pour ou contre une mesure, de sorte qu’une majorité s’exprime. On peut également donner à la liste arrivée en tête d’une élection une « prime majoritaire », pour qu’elle ait les moyens de gouverner, comme on le fait pour les municipales et les régionales.
En revanche, il est improbable qu’une majorité émerge aux élections législatives dans le contexte politique actuel et avec le mode de scrutin en vigueur. Dans une élection, il n’y a jamais de moment de grâce où des électeurs très divisés décident que, tout bien considéré, tel parti mérite une large majorité.
Quand il existe deux forces politiques principales, comme ce fut longtemps le cas en France, la majorité peut basculer au terme de la campagne électorale, mais c’est inenvisageable lorsque le paysage politique est plus fragmenté. En Espagne, en Grèce, en Italie et en Bulgarie, les citoyens sont souvent appelés aux urnes de manière répétée quand il est impossible de former un gouvernement. Mais ces scrutins n’opèrent jamais de clarification radicale : au mieux, ils poussent les partis à se montrer plus conciliants dans la conduite des négociations pour surmonter la crise.
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