- Selon le député Rassemblement national de la Somme, Jean-Philippe Tanguy, la France est très en retard en termes de climatisation.
- De manière générale, le continent européen est à la traîne comparé à la moyenne mondiale.
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Avec cet épisode de canicule d’une intensité et d’une durée remarquables, signe direct du changement climatique provoqué par l’action humaine, le débat sur la climatisation s’est imposé dans le discours public. Elle est défendue en effet par de nombreux responsables politiques comme un moyen d’adaptation aux vagues de chaleur. Le Rassemblement national (RN) souhaite même un plan massif d’installation de climatisateurs en France s’il accède au pouvoir en 2027.
À ce sujet, Jean-Philippe Tanguy a regretté le manque d’anticipation de la France. « J’ai travaillé au Japon, j’ai l’impression d’être au Moyen-Âge en France »
, a estimé le député RN de la Somme mardi 23 juin sur le plateau de la matinale de TF1 (nouvelle fenêtre). Et de citer notamment les transports en commun, tous équipés en climatisation là-bas. Sur le même registre, Jordan Bardella a critiqué dans une vidéo postée (nouvelle fenêtre) sur ses réseaux sociaux les décisions des pouvoirs publics, jugeant que la France « refusait de s’adapter »
face aux vagues de chaleur alors que « dans la plupart des pays confrontés aux chaleurs extrêmes, la question a été réglée depuis longtemps ».
24% des ménages français équipés
Avant tout chose, il est exact que le Japon a intégré la climatisation dans son quotidien et « plus de 90% des foyers »
en sont même équipés, selon une étude (nouvelle fenêtre) de l’Agence internationale de l’énergie. Mais établir une telle comparaison comme le fait Jean-Philippe Tanguy n’est pas très judicieux puisqu’il s’agit ici de deux pays avec des climats très différents. Avec un climat très humide, le Japon a fait très tôt de la climatisation la norme dans les transports ou encore dans les bâtiments administratifs. À titre d’exemple, « 95,7 % des salles de classe ordinaires des écoles primaires et secondaires publiques sont climatisées, selon une enquête du ministère de l’Éducation de 2022 »,
rapporte le Japan Times
(nouvelle fenêtre).
Pour évaluer le taux d’équipement de la France hexagonale, il convient plutôt de comparer avec ses voisins européens, où le climat est sensiblement le même.
En 2025, un quart (24%) des logements français sont équipés de climatisation, d’après l’Agence de la transition écologique (Ademe (nouvelle fenêtre)), soit 7,2 millions de ménages et +33% d’entre eux en deux ans. Les projections tablent déjà sur « une progression de cette dynamique, 8% des ménages anticipant de s’équiper ‘prochainement’ ».
En revanche, selon les dernières données (nouvelle fenêtre) disponibles de l’Ademe de 2020, le taux d’équipement des bâtiments tertiaires est très disparate selon le secteur, avec 64% des bureaux dotés de climatisation contre seulement 14% des transports et 7% des écoles.
À notre connaissance, il n’existe pas de comparaison européenne qui a été faite sur le taux d’équipement des ménages. Le service Eurostat s’intéresse (nouvelle fenêtre) par exemple à la consommation d’énergie utilisée pour la climatisation, et pas au taux d’équipement des ménages. Mais de manière générale, l’Agence internationale de l’énergie relève que (nouvelle fenêtre) « l’accès à la climatisation en Europe demeure parmi les plus faibles au monde ».
Selon un rapport de 2025, « la part des ménages équipés de climatiseurs par région en 2022 révèle que l’Europe (19 %) était à la traîne par rapport aux autres régions, notamment l’Amérique du Nord (76 %) et l’Asie-Pacifique (47 %), en matière d’adoption de la climatisation, se situant bien en dessous de la moyenne mondiale de 37 % ».
Des réalités différentes du Royaume-Uni à l’Italie
Pour comparer le taux d’équipement des Français avec ses voisins, nous nous sommes penchés sur les statistiques nationales de cinq pays proches géographiquement : l’Allemagne, la Belgique, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Italie. Nous nous sommes arrêtés systématiquement sur des données de 2024, les plus récentes à ce jour pour certains d’entre eux. En Allemagne, l’office fédéral Destatis ne fournit pas de statistique officielle sur le nombre de logements possédant une climatisation mais un sondage représentatif de Verivox mené en 2024 (nouvelle fenêtre) indique que « 19 % des personnes interrogées déclarent posséder déjà une climatisation, soit une hausse de 6 points par rapport à l’année précédente ».
Il s’agit de la donnée la plus fiable à ce jour.
En Belgique, qui subit aussi une canicule record en ce mois de juin, seulement 10% des ménages sont équipés de tels systèmes en 2024, selon les chiffres officiels (nouvelle fenêtre) de Statbel. Le Royaume-Uni, qui vit aussi les affres de la chaleur, se situe même en-dessous avec pas moins de 1% des ménages dotés de climatisation en 2024, selon une étude (nouvelle fenêtre) de la Direction de la sécurité énergétique et de la neutralité carbone. Un taux monté depuis à 5% (nouvelle fenêtre), mais restant très marginal dans un pays peu habitué aux fortes chaleurs à répétition.
L’Europe du Sud mieux préparée
Comme évoqué plus haut, le climat joue nettement dans l’équipement des logements en Europe. Ainsi, les pays du Sud sont bien mieux préparés, vivant avec des étés caniculaires depuis plusieurs années. En Espagne, le taux d’équipement réel de climatisation des ménages n’a pas été publié depuis 2008 (nouvelle fenêtre) par l’Institut national de la statistique. Il y a près de vingt ans, il était déjà de 35,5%. Mais un autre indice actualisé chaque année permet de se rendre compte de l’adaptation des logements à la chaleur. Dans une enquête du même institut menée en 2024 (nouvelle fenêtre), 34,4% des ménages disent avoir besoin d’« améliorations en matière d’efficacité énergétique ».
Une statistique notamment relayée par l’ONG (nouvelle fenêtre) Save the Children. Autrement dit, 65,6% des ménages espagnols ont un système permettant de chauffer ou de rafraichir leur logement.
Quant à l’Italie, elle est aussi en avance sur ce sujet avec 56% (nouvelle fenêtre) de ménages équipés d’un système de climatisation, « un pourcentage en hausse par rapport à 2021 (48,8 %) »,
selon l’Institut national de statistique. Cela comprend tout système étant une « installation centralisée, installation autonome multisplit ou appareil individuel, qu’il soit fixe ou portable ».
Par ailleurs, un tel équipement chez soi n’est pas un simple sujet de confort puisque, comme le souligne (nouvelle fenêtre) l’Agence internationale de l’énergie, « l’élargissement de l’accès à la climatisation pourrait améliorer la qualité de vie de millions de personnes et sauver des vies ».
Reste que la climatisation, telle qu’elle est conçue aujourd’hui, contribue au problème (nouvelle fenêtre) en aggravant le réchauffement climatique. En France, elle « génère aujourd’hui près de 5% des émissions de CO2 associées à la production énergétique »
à cause des « fluides frigorigènes chargés dans les équipements »
, selon l’Ademe. À l’échelle locale, la climatisation réchauffe également l’air extérieur en refroidissant nos intérieurs.









