Après le succès d’Illusions perdues (991 000 entrées, sept Césars) en 2021, Xavier Giannoli revient avec un film encore plus ambitieux, une fresque historique de plus de trois heures dans les eaux méphitiques de la collaboration. Les Rayons et les ombres orchestre ainsi la sarabande grinçante de trois personnages réels, dégringolant vers l’indignité : l’actrice débutante Corinne Luchaire (Nastya Golubeva), son père, patron de presse, Jean Luchaire (Jean Dujardin), ayant tous deux audience auprès d’Otto Abetz (August Diehl), ambassadeur du IIIe Reich à Paris. Or, dans ce film tourbillonnant, tout est double et réversible : père et fille, corruption et innocence, conscience et aveuglement, information et cinéma… Si bien qu’on a tenu à éclaircir quelques points avec le réalisateur, rejoint à quelques encablures du rond-point des Champs-Elysées, dans les locaux de sa société de production, Curiosa Films.
Comment avez-vous rencontré le destin de Corinne Luchaire ?
Grâce à Jacques Fieschi [scénariste de ses trois derniers films, depuis L’Apparition, en 2018]. Un jour, nous parlons de Corinne Luchaire [1921-1950] et quelque chose s’accroche. Il y avait ce visage. Une photo, presque un choc amoureux. Et puis je découvre le vertige de cette histoire : la collaboration, son père, Jean Luchaire [1901-1946], tout un monde. Je n’avais pas envie d’investir ce sujet comme un historien – j’en serais incapable – mais comme un cinéaste. J’avais l’impression d’ouvrir la boîte noire d’une certaine France. Et en même temps, il y avait la peur. C’est souvent comme ça pour moi : quand je sens que c’est dangereux, que je ne sais pas comment faire, j’ai envie d’y aller.
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